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Que sait-on des biais cognitifs ?

Jeudi 4 décembre, l’Université Populaire d’Antony recevait Jean Daunizeau pour évoquer la manière dont le cerveau produit les biais cognitifs. Cette conférence était la dernière des six qui constituait le cycle du cerveau, le premier de l’année 2025-2026 pour l’Université.

Le conférencier

Jean Daunizeau codirige l’équipe de recherche Motivation, cerveau et comportement à l’Institut du Cerveau. Il étudie comment le cerveau apprend et prend des décisions en utilisant des moyens de neuro-imagerie, comportementaux et computationnels. Il a obtenu un doctorat en physique ainsi qu’un doctorat en imagerie médicale. Son équipe étudie les leviers de la motivation et de la prise de décision. Il a cité le psychologue Daniel Kahneman qui a reçu en 2002 le prix de la banque de Suède (souvent appelé prix Nobel d’économie) pour ses travaux sur la théorie des perspectives, base de la finance comportementale.

Lors de la conférence, il a présenté une série de biais cognitifs et donné quelques explications sur l’endroit où le cerveau les produisait (son sujet d’étude).

Avant son intervention du 4 décembre, le conférencier avait proposé aux futurs participants d’effectuer une série de petits tests sur les biais cognitifs. Ces tests illustraient les divers biais expliqués dans la conférence. Jean Daunizeau a comparé les résultats collectifs du groupe ainsi formé avec ceux qu’il avait obtenus avec 2 autres publics : des traders et des scientifiques de l’Institut Pasteur.

Exemple introductif

Le conférencier a ouvert sa présentation avec un exemple frappant : le lien entre des décisions de justice et le moment de la journée où elles sont prises. En Israël, une étude a porté sur les décisions de libération de prisonnier. Elles sont assez fréquentes en début de journée du juge et après chaque pause de celui-ci et s’effondrent ensuite quand le temps passe. La raison : la décision de ne pas libérer ne change rien, le juge ne prend pas de risque. Au contraire, décider de libérer demande d’étudier bien le dossier et de peser sa décision. Le biais est ici la tendance à éviter le risque quand on est fatigué!

Décisions intuitives ou raisonnées

Il existe du point de vue du cerveau, deux types de décision : la décision intuitive rapide et la décision raisonnée lente. Cette dernière demande d’acquérir et traiter de l’information, ce qui prend du temps, est coûteux et exigeant. La décision intuitive et rapide est donc celle qui est la plus souvent pratiquée.

Ce qu’on appelle intuition est un processus inconscient qui s’appuie sur l’expérience accumulée.

Les décisions intuitives sont affectées par des biais dont on va parler ensuite. Attention, les décisions raisonnées peuvent être affectées par les mêmes biais : connaitre les biais possibles, en particulier ceux qui nous affectent, aide à tenter de les éviter en cas de décision raisonnée.

L’orateur évoque une série de biais. On en évoquera deux ici : le biais du survivant et le biais d’optimisme.

Biais du survivant

Il consiste à ne prendre en compte que ceux qui ont « survécu » (par exemple les entrepreneurs qui ont réussi et pas ceux qui ont fait faillite. L’exemple le plus connu (et parlant) est celui de l’analyse des avions anglais revenus de raids aériens en 1943/1944. L’idée de départ est de renforcer les endroits de l’avion (par exemple les ailes) qui ont été les plus touchés (voir image en tête d’article). Or ces impacts ne les ont pas empêchés de revenir. Aucun avion n’est revenu avec un impact sur le cockpit (évidemment, le pilote était mort) : c’est là qu’il faudrait (si possible) renforcer la résistance aux tirs.

L’auteur n’a pas cité un exemple d’actualité, sur l’évolution de la valeur boursière des 500 premières entreprises françaises, par exemple sur 15 ans. On peut la calculer de trois manières.

1) On prend les 500 premières entreprises en 2009 et on calcule l’évolution de leur valeur sur les 15 années suivantes.
2) On prend la valeur des 500 premières entreprises de 2009 et on la compare avec la valeur des 500 premières en 2024.
3) On prend la valeur des 500 premières entreprises de 2024 et on la compare avec la valeur des mêmes entreprises 15 ans avant.

Chacune des évaluations donnera un résultat différent, le plus élevé étant le 3, suivi du 2 puis du 1. Le choix devrait dépendre de l’utilisation du résultat, mais le calcul 2 est clairement affecté par le biais du survivant.

Biais d’optimisme

Il est défini ainsi par le conférencier : tendance à croire que les événements souhaitables sont plus probables que les événements indésirables. Par exemple je pense que le XV de France va gagner contre l’Angleterre car j’ai envie qu’il gagne.

Le résultat pour le groupe de ceux qui ont répondu avant la conférence est surprenant puisqu’il montre un biais de pessimisme que le conférencier n’avait jamais observé jusque-là ! Pourquoi ? ce serait intéressant d’avoir une réponse !

En tout cas, le conférencier conclut par ce résumé : nous prenons des décisions « satisfaisantes » à partir d’une analyse intuitive du problème. Les décisions intuitives sont rapides et efficaces mais rigides et négligentes, car sujettes à des biais.

Le document présenté est disponible sur le site de l’association.

L’Université Populaire d’Antony

L’université a été créée en 2009 par un groupe d’Antoniens qui ont décidé de rejoindre le réseau des Universités Populaires de France.

Une Université Populaire parce que le Savoir n’est pas réservé aux spécialistes. Chacun, à tout moment de sa vie, doit pouvoir accéder aux connaissances et se forger une opinion. L’Université Populaire répond à ces attentes.
    Université car lieu de recherche, de formation, d’apprentissage de la pensée critique,
    Populaire car laïque, ouverte à tous, quels que soient ses origines, son niveau d’étude, son appartenance sociale ou politique.
Elle tient à une totale indépendance dans ses choix. Les intervenants universitaires ou non, experts dans leur domaine et excellents pédagogues sont passionnés par la diffusion des savoirs, ils savent se mettre à la portée d’un large public. L’Université Populaire d’Antony traite, dans ses conférences, de sciences, littérature, philosophie, sciences sociales, arts, … Elle est ouverte à tous, sans condition d’âge ni de connaissances préalables, avec une soif partagée de découvrir et d’apprendre ensemble.

Elle organise chaque année des cycles de 4 à 6 conférences chacun avec un équilibre entre les groupes de thèmes suivants : l’un à vocation scientifique, un autre concernant les sciences sociales,    et un troisième relatif à des thèmes littéraires, philosophiques ou artistiques. S’ajoute à ces cycles entre 3 et 9 conférences hors cycle par an sur des sujets divers. Il est possible d’assister aux conférences hors-cycle sans adhérer à l’association.

Chaque conférence est dispensée sur une durée de 2 heures, la première partie est un exposé argumenté, la seconde, une discussion avec la salle.

Le début d’année 2026 sera consacré à un cycle de conférences sur les tsiganes.

L’adhésion annuelle comprend un paiement de 40€ , lequel donne droit à toutes les conférences de l’année. L’adhésion est gratuite pour les moins de 26 ans et les non-imposables.

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