Que ce soit pour construire leur programme ou dans leur proposition de futur fonctionnement municipal, de nombreuses listes veulent mieux intégrer les habitants à la réflexion et aux choix des priorités de la Ville. Est-ce réaliste et à quelles conditions ?
La Gazette a proposé à plusieurs personnes de donner un éclairage sur le sujet, en abordant telle ou telle partie du problème à leur choix. Leurs contributions seront publiées dans les semaines qui viennent. Et pour commencer, un premier regard d’un auteur de la Gazette.
Quelle démocratie ?
Selon des modalités qui vont des espaces de dialogues à la codécision avec les habitants en passant par le référendum d’initiative citoyenne, plusieurs candidats aux municipales proposaient une démocratie approfondie.
Cette proposition est d’abord la conséquence d’une position éthique, d’une volonté démocratique. Mais elle procède souvent de la conviction qu’une démarche participative permet d’être plus efficace, de prendre de bonnes décisions.
J’ai eu l’occasion d’accompagner des dizaines de démarches participatives, dans des entreprises publiques ou privées et même dans des administrations. Si un dirigeant est prêt à mobiliser des ouvriers, des employés, des agents de maîtrise et des cadres dans de telles démarches (sans compter le coût du cabinet de conseil), c’est qu’il pense que celles-ci sont efficaces, qu’elles améliorent la qualité des projets et la motivation des salariés. Pour arriver à un tel résultat, il faut réunir un certain nombre de conditions. Et le premier constat à faire, c’est que ces conditions sont plus difficiles à réunir quand il s’agit d’associer les habitants.
Les difficultés à surmonter
Première difficulté : mobiliser la population pour qu’elle s’exprime sur un sujet. La proportion des citoyens qui acceptent de répondre à une offre de participation de la part de la municipalité est faible, voire très faible. Je le soulignais ici pour Bourg-la-Reine, mais c’était pareil pour cette réunion sur la stratégie Bas-Carbone de Sceaux. On pourra aussi regarder le nombre de réponses aux enquêtes publiques.
Corollaire : ceux qui participent ne sont pas représentatifs. Ils sont généralement plus radicaux (dans l’approbation ou le refus) que ceux qui ne participent pas. Principalement parce que pour participer il faut être prêt à mobiliser une certaine énergie sur le sujet, quand cette énergie est déjà mobilisée par la vie quotidienne, le travail, les enfants. Une situation qu’on ne rencontre pas dans les démarches menées en entreprises, puisque le salarié participe sur son temps de travail.
Un exemple caricatural : l’enquête publique sur la rénovation de la cité Jardin à Châtenay-Malabry, rapportée par la Gazette. Comme on le comprend à la lecture de l’article, environ 90% des contributions (pratiquement unanimement négatives) proviennent de personnes qui n’habitent pas la ville.
Troisième difficulté : confondre concertation et débat, une erreur fréquente. Associer la population aux réflexions (ou décisions) de l’équipe municipale est utile pour créer de l’adhésion et pour améliorer le projet. Si c’est simplement pour débattre et s’écharper pour ou contre, c’est de l’énergie inutilement dépensée. Pour qu’il y ait amélioration du projet, il faut que des deux côtés (municipalité et citoyens) il y ait une volonté d’écoute mutuelle et de construction collective. Une volonté qui n’existe pas forcément parmi les plus engagés.
Quatrième difficulté : faut-il une compétence pour participer ? La vraie question serait plutôt, faut-il différencier les modalités de participation en fonction des compétences ? Exemple : une rénovation du marché de Bourg-la-Reine est semble-t-il incontournable. Il parait indispensable d’associer à la réflexion des personnes compétentes dans les techniques du bâtiment (services techniques de la Ville et de VSGP et probablement d’autres experts techniques). Cela se fera sur leur temps de travail, donc la question de leur volontariat ne se pose pas vraiment. Mais on ne voit pas comment ne pas associer (selon des modalités à définir) les commerçants (ou leurs représentants) et, probablement très différemment, des clients du marché.
Cinquième difficulté : les désaccords sur la réalité. Il est impossible de trouver un accord sur des solutions si on n’est même pas d’accord sur le problème, ou au moins sur les faits qui le constituent. C’est en particulier un problème majeur avec ceux qui font de la désinformation scientifique.
Et bien sûr, les difficultés majeures, communes à tout projet : qui associer, comment, à quel moment, pour quoi faire et dans quel cadre !
Il est prévu une suite à cet article, qui fera partie des contributions à publier dans les prochaines semaines.


Concernant la défense de la Cité jardin de Châtenay, considérant qu’il s’agit d’un ensemble architectural de renommée mondiale, il est normal et légitime que la défense ne viennent pas seulement du voisinage. Toute proportion gardée, la conservation du chateau de Versailles ne concerne pas que les versaillais.
Sur le peu de participation aux réunions publiques à Bourg-la-reine et ailleurs, c’est exact mais cela tient à la culture – ou plutôt l’absence de culture – de démocratie participative en France et dans nos communes. Les habitants savent – d’expérience – que leur opinion ne sera pas « efficace », que les consultations d’un maire comme le nôtre, et c’est valable pour bien d’autres, en sont que des façades. Faire un débat public « Bourg-la- Reine 2052 est sans enjeux et sans danger. Le même maire, candidat à sa réélection, a fait en campagne 3 réunions publiques où jamais il n’a laissé de temps de question à la salle !!! … Cela dit tout de son goût du débat et de la participation. La démocratie participative, pour attirer la population, doit être sincère, lente, avec un enjeux concret et outillée.
Bonjour monsieur Bonazzi
Et merci pour ce commentaire
La question de qui participe à une enquête d’utilité publique est une vraie question. Le législateur a été sage d’ouvrir à tous la possibilité de répondre, qu’il habite ou non la commune (au-delà de la difficulté pratique qu’il y aurait à ouvrir à certains et pas à d’autres). Le commissaire enquêteur a cependant jugé utile de noter ces origines différentes des commentaires, comme la Gazette l’avait fait plus tôt dans le temps en publiant son article.
Ces personnes extérieures à la commune ont massivement donné un avis négatif sur le projet. Mais ils ont beau avoir été plus d’un millier, ils ne sont qu’une toute petite partie des millions de français qui auraient pu répondre. Ils représentent Une opinion, intéressante en soi, mais dont ne rien ne prouve qu’elle soit représentative de la majorité des Français (que probablement le sujet n’intéresse pas).
Votre comparaison avec le château de Versailles est intéressante, par ce qu’elle permet de souligner les différences. Évidemment, on n’est pas au même niveau de notoriété ou d’importance dans l’histoire de l’architecture. Mais la vraie différence au regard du projet est ailleurs.
Personne ne vit au château de Versailles, alors qu’il y a plusieurs milliers de personnes qui habitent la Butte Rouge. Versailles, ce sont des millions de visiteurs tous les ans. J’ai été un de ces visiteurs et je suis aussi l’un des dizaines de millions de contribuables français qui financent le château à travers ses impôts. J’imagine que la plupart des personnes qui ont mis un commentaire sur l’enquête après avoir lu un article sur le projet dans le Monde ou Libération n’ont jamais mis les pieds à la Butte rouge. Et j’imagine aussi qu’il n’est pas question pour eux de concertation pour améliorer le projet mais de défendre un principe.
Mais la question que je souhaite aborder avec cette introduction et un appel à contribution n’est pas de savoir qui a raison ou tort, elle est de savoir comment on fait. Comment on fait à partir des avis divers d’habitants et à partir de l’opinion exprimée par des gens extérieurs à la commune mais qui sont malgré tout plus d’un millier à avoir pris le temps d’exprimer leur avis .
Une enquête publique permet d’exprimer des opinions, de donner des avis. Est-ce qu’on peut aller plus loin, comment on peut mener une réelle démarche de concertation, en sachant que les contributeurs ne sont pas concernés de la même manière. Pour prendre un autre exemple qui concerne Bourg-la-Reine, au moment de rénover le marché, faut-il prendre différemment en compte le point de vue des commerçants de ce marché, celui des clients et celui du voisinage ?
Bonjour,
Je vous invite à aller voir du côté de Fréquence Commune qui explique très bien comment construire une démocratie participative qui fonctionne, c’est très intéressant !
Comme le dit Fréquence Commune, le niveau le plus bas de la démocratie participative c’est d’informer correctement les habitants. À Châtenay-Malabry on en est très loin !
Durant le dernier conseil municipal, le maire et son équipe ont à nouveau refusé la retransmission des conseils municipaux. Les habitants qui ne peuvent s’y rendre physiquement sont donc obligés d’attendre le conseil municipal suivant pour que le procès verbal soit voté puis publié sur le site internet de la ville.
Mais avez-vous déjà lu des procès verbaux de CM ? C’est pas si simple !, alors en plus si on est dyslexique, qu’on ne lit pas bien le français ou qu’on est malvoyant, c’est quasi mission impossible !!
Bonjour
Tout ce qui permet d’informer les habitants peut-être utile
Cependant, et c’est le propos de cet article, la difficulté est de ne pas se limiter aux seuls militants. J’ai assisté à des conseils municipaux dans plusieurs villes et il y avait rarement plus de 10/15 personnes. Retransmettre les débats pourrait peut-être en toucher quelques dizaines en plus, mais certainement pas un pourcentage significatif des électeurs. La question que je pose dans l’article, c’est comment faire pour avoir suffisamment de personnes qui s’impliquent et qu’elles soient représentatives