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Dustin Hanna, chef scout à Sceaux

Cet été, Dustin Hanna a passé 4 semaines de ses congés payés à encadrer des camps scouts avec des jeunes de Sceaux. La Gazette a voulu savoir pourquoi il consacrait une part très importante de son temps de loisir à une activité bénévole.

Comment êtes-vous devenu chef scout à Sceaux ?

Je suis né au Liban. J’y ai commencé le scoutisme à l’âge de 7 ans et j’ai continué jusqu’à mon départ pour des études en France à 18 ans. La première année, j’ai vécu chez un de mes oncles à Sceaux. Ses enfants étaient scouts eux aussi, chez les Scouts et Guides de France (SGDF). Le groupe a signalé aux parents qu’il cherchait des chefs et j’ai répondu positivement à cette demande. Six ans plus tard, je suis toujours chef ! J’ai d’abord été avec les 8-11 ans, puis les 11-14 ans et aujourd’hui les 14-17 ans. J’ai passé le BAFA avec les scouts, je peux diriger un camp scout.

Quelle est votre motivation ?

J’ai grandi en tant que scout et j’avais envie de transmettre un certain nombre de valeurs acquises dans le scoutisme : rendre service dans la bonne humeur, partager, donner de sa personne, s’investir dans ce qu’on fait, faire ce qu’il y a à faire. Sur tous ces points, il faut d’abord donner l’exemple. S’il y a quelque chose à faire, on n’attend pas qu’un autre le fasse, on fait, on est proactif. Le scoutisme apprend aussi à mettre de la légèreté et de la bonne humeur dans ce qu’on fait. On parle de service, pas de corvée, on fait la vaisselle ou la cuisine en rigolant ensemble. Prendre la vie du bon côté, n’est-ce pas plus rigolo ? J’ai continué depuis 6 ans : ceux qui ne sont pas heureux d’être chefs ne restent pas !

Quelle est votre profession ?

J’ai d’abord fait une double licence chimie-biologie, puis un master en médiation scientifique. En septembre 2024, j’ai été embauché à la Cité des Sciences à Paris et j’y suis toujours. Je travaille avec des familles et des enfants à la Cité des Sciences et je retrouve d’autres enfants à Sceaux. Mon travail me plait, mais la première année, je travaillais souvent le samedi et c’était compliqué à gérer. Avec les autres chefs, on a organisé le planning des activités pour tenir compte de mes contraintes de disponibilités. L’été 2025, je n’avais pas assez de congés pour le camp, mais j’ai participé aux 5 jours qui ont eu lieu à Jambville où 20.000 adolescents se sont retrouvés. C’était l’occasion de rencontrer d’autres jeunes, de nouer des relations. C’est aussi très fort de constater qu’il y a dans d’autres villes des jeunes qui portent la même chemise que nous.

Vous consacrez beaucoup de temps au scoutisme ?

Un week-end, c’est 24 heures complètes ; mais il faut aussi compter une réunion de préparation de plusieurs heures plus la mission qu’on a éventuellement à remplir à la suite de la réunion.

Pendant le camp, on se répartit les activités pour qu’un chef puisse être en repos à tour de rôle. En pratique, on sait qu’il y a toujours à faire et on participe à la vie de camp. Cela nous permet parfois de faire une sieste bien utile ! Sinon, c’est 7jours sur 7.

Cet été, j’avais prévu de partir au Liban voir ma famille. Cela n’a pas pu faire. Du coup, j’ai participé à trois camps du groupe, dont un comme directeur de camp. Soit 4 semaines au total. Le camp, c’est une réelle déconnexion (y compris des réseaux sociaux), on est dans la nature, on profite du soleil, du feu. On est moins fatigués après deux semaines de camp qu’après deux semaines de ville ! Il est vrai que les plus jeunes sont debout à 5h30 avec leur chemise en se demandant ce que font leurs chefs. En tout cas, en début de camp…

Depuis l’an dernier, je fais du théâtre au CAEL d’abord, à Paris cette année. J’y apprends des exercices que je peux faire faire aux plus jeunes. Ils adorent !

Comment s’est passé le camp des pionniers/caravelles cet été ?

Le projet des jeunes était d’installer leurs tentes à 2 mètres de haut. Je connaissais. On faisait cela chaque année au Liban. Mais pour eux, c’était la première fois. On leur a expliqué comment faire des brêlages suffisamment solides et comment enfoncer les piquets de tente dans les rondins. Il y a eu un jour entier d’installation et ils ont fini les jours suivants pendant leur temps libre : ils étaient très motivés. Il n’y avait que 10 jeunes cette fois-là, mais vraiment motivés. Le reste du camp, c’était un jeu le matin et une activité l’après-midi, un temps spirituel (pas forcément religieux) chaque jour, la veillée le soir, et puis les services, les douches : la vie de camp !

Quels sont vos meilleurs souvenirs ?

J’aime particulièrement les sorties en camp, quand on va se baigner par exemple, ou les explos. Cette année, on les a emmenés dans une ferme pédagogique. Cela fait un événement dans le camp. J’aime beaucoup la cuisine au feu de bois et l’ambiance autour du feu. C’est hypnotique. C’est cool.

Comment voyez-vous le rôle des chefs ?

Ce sont des adultes qui font confiance à des jeunes pour faire toute une série de choses et pour prendre des responsabilités, disait Baden Powell, le fondateur du scoutisme. On est là pour les jeunes, ils ne sont pas là pour nous, il ne faut rien attendre pour nous.

On fait attention à diversifier les activités pour que chacun trouve son compte. Par exemple, la mixité n’est pas naturelle à un certain âge, disons de 11 à 15 ans. Il est alors difficile de mélanger les filles et les garçons. Mais il y a des activités où le mélange se fait sans problème, par exemple les services (cuisine, vaisselle, bois pour le feu…) que les jeunes font ensemble (et nous aussi !). Notre rôle dépend aussi de l’âge des jeunes. J’ai fait les trois branches, je n’ai pas de préférence. Les louveteaux-jeannettes manifestent plus spontanément qu’ils sont heureux.

Quels sont les critères de recrutement des chefs ?

Être partant pour être avec les jeunes, avec beaucoup d’autodérision pour ne pas prendre personnellement ce que peuvent dire les jeunes. On n’est pas là pour être avec des jeunes qui ont le même intérêt que nous, on est là pour leurs intérêts. Être bienveillant et souriant, pour donner envie. Être soi-même et investi. On ne peut pas dire aux jeunes de faire la cuisine et ne pas mettre la main à la pâte : on dirige par l’exemple, dans la bonne humeur. Beaucoup de chefs sont d’anciens scouts, mais certains n’ont jamais fait de scoutisme avant et s’en sortent très bien. Les SGDF proposent des formations et mettent de nombreuses méthodes à notre disposition.

Avez-vous acquis dans le scoutisme des compétences qui vous sont utiles hors du scoutisme ?

Que ce soit à la fac ou dans mon travail, le plus utile, cela a été la pratique de la vie en équipe : on a l’habitude de travailler avec des gens différents. A la fac, j’ai vu des gens qui ne savaient pas s’organiser en équipe : moi j’y étais familier.

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