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La poésie, la réconciliation, Sibel Ceylan

La Gazette : Qu’est-ce qui anime votre désir d’écrire de la poésie?

Sibel Ceylan : C’est l’urgence de transformer une émotion très intense en mots, afin de la transcender, de la faire sortir de moi pour, peut-être, tenter de l’apaiser. 

Je crois que la poésie est une forme qui garde malheureusement une réputation élitiste ou ennuyeuse. Pourtant, c’est en lisant de la poésie contemporaine que j’ai compris à quel point elle pouvait nous réconcilier avec l’écriture et la lecture. Écrire de la poésie aujourd’hui, c’est témoigner du monde dans lequel nous vivons, loin de l’image romantique (au sens du courant littéraire). La poésie permet de dire en quelques vers, phrases, strophes (peu importe la structure) une vision du monde contemporain. La poésie touche au cœur car elle exprime une expérience personnelle sur des sujets universels. Écrire de la poésie c’est faire un pas de côté pour mieux regarder ce qui nous traverse sans essayer de chercher des réponses. C’est ouvrir des portes, poser des questions sans forcément trouver des réponses, c’est un condensé d’émotions qui résonne longtemps après l’avoir lu. 

Dans quelles circonstances vous mettez-vous à écrire ?  

L’écriture poétique vient toujours du corps, du mouvement, d’une sensation très physique dont j’essaye de rendre compte avec des mots, des structures de langage. C’est aussi parfois la seule façon de tenir, de respirer, de garder de l’espoir face à des événements difficiles en regardant le monde différemment, en cherchant de la beauté dans le quotidien, dans les instants les plus triviaux, dans ce qui nous entoure. Mon écriture, je crois, est assez directe, vraie et, je l’espère, au plus juste de ce que je ressens au moment où j’écris. Je m’inspire beaucoup de la nature, des paysages, de ce qu’ils viennent créer ou raviver en moi émotionnellement.  

Avez-vous des sources d’inspiration particulières ?  

Je lisais beaucoup de poètes classiques lorsque j’étais au lycée puis en classe prépa. Bien sûr j’avais été marquée par les textes de Rimbaud, Artaud, Baudelaire, Hugo, Roubaud, Bonnefoy. Mais, l’écriture de mon premier recueil a coïncidé avec la découverte de la poésie contemporaine. J’ai beaucoup lu la poésie de Cécile Coulon qui a quelque chose de profond et simple à la fois. Quelque chose m’a touché, comme si je comprenais que je pouvais m’autoriser à écrire sur toutes ces émotions qui me traversaient sans avoir à me cacher. J’ai beaucoup lu Etel Adnan, Maya Angelou, Hélène Dorion et, une de mes révélations, Christian Bobin.  

Y a-t-il un poème qui a été le plus difficile à écrire, soit par son sujet, soit par sa forme ? Pourquoi ? 

Je pense que tous les poèmes ont été difficiles à écrire, pas tant par leur forme ou leur structure, car j’écris souvent d’un seul mouvement et sans trop revenir sur les textes, mais plutôt par leurs sujets, par les émotions qui les font naître et qu’ils suscitent chez moi avant, pendant et après l’écriture. Écrire n’est pas, pour moi, un moment très agréable, mais c’est un moment nécessaire et qui s’impose à moi.  

 Quels auteurs voudriez-vous faire connaître ?

Je voudrais faire connaître la poésie de Christian Bobin qui, même si elle a une connotation parfois religieuse qui ne me parle pas beaucoup personnellement, a l’immense pouvoir de donner de l’espoir, à toucher au cœur de ce qui fait notre humanité. C’est une poésie d’une beauté à pleurer. 

Mais je voudrais aussi mettre en avant les poétesses contemporaines comme Clara Ysé, Mélanie Leblanc, et bien sûr Hélène Dorion, une grande poétesse canadienne qui a été la première autrice vivante à être étudiée au bac. 

Crédit Sibel Ceylan

Où lisez-vous ? Est-ce sur papier ou en numérique ?

Je lis partout. Dans les transports, dans l’avion, dans les cafés, ou chez moi. 
Je lis majoritairement sur papier, j’aime la sensation du livre papier et je corne beaucoup les pages, je souligne aussi beaucoup dans mes livres. 
Je ne lis que très peu en numérique, seulement quelques poèmes que j’aime sur Instagram. 

Dites-nous quelques mots de votre lien à la ville de Sceaux. 

Je me suis installée à Sceaux il y a 10 ans après avoir vécu 8 ans à Paris. J’étais enceinte de mon premier enfant. Aujourd’hui, j’en ai deux, un garçon et une fille. Je suis heureuse de les voir grandir dans cette ville calme et agréable. Nous passons de longs moments à la bibliothèque, un petit havre de paix pour tout le monde depuis qu’ils sont bébés. J’ai aussi noué de belles amitiés dans cette ville et, l’an dernier, mon premier recueil de poésie, illustré par l’artiste grec Konstantinos Berdeklis, a été sélectionné par le jury du « Livre d’artiste » et a été exposé à la maison André Lurçat aux côtés d’autres artistes du groupe Bloc House. 


Les liens vers les recueils de poésie 

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