CHÂTENAY-MALABRY, Le 19 mars 2026 à 20h au Pédiluve, les amateurs de jazz électro iront écouter Fœhn. A la manœuvre du trio piano, contrebasse et batterie acoustiques : Christophe Waldner, Cyril Billot et Kévin Borqué. Si on croit leurs albums Magnésie, Highline et Elements, ça va dépoter.
Bar et restauration légère dès 19h15 et après le concert. Tarif plein : 10 € ; jusqu’à 30 ans inclus : 5 €. Pass Pédiluve : 5 concerts pour 40 €.
Brûlant d’en savoir plus sur le groupe, sa musique et le reste, la Gazette a interviewé Cyril Billot, le bassiste.
Votre trio s’est formé à Lyon autour de Christophe Waldner, Cyril Billot et Kévin Borqué. Comment avez-vous fait connaissance ?
A l’ENM (Ecole Nationale de Musique) de Villeurbanne. Kevin et Chirstophe se connaissaient déjà, même promo. J’ai rejoint Kévin qui a fait le lien entre nous trois. C’était chez lui, autour d’un barbecue. Il avait une cave plus ou moins aménagée pour faire du son. On a improvisé tous ensemble, et ça a tout de suite fonctionné. A la fin de la soirée, on était convaincu qu’il y avait « quelque chose à faire », c’était comme une évidence.
Comment cette rencontre musicale a-t-elle façonné l’identité sonore de Fœhn Trio? Vous vous êtes trouvé sur quelles bases ?
Dès les premières rencontres, beaucoup de choses étaient déjà apparues. Mais on hésitait encore entre quelque chose d’acoustique (piano, contrebasse, batterie) ou plus électro.
C’est André Manoukian qui vous a repéré ? Comment s’est passée la rencontre ?
Après un premier concert en 2016, il y avait ce tremplin à Chamonix : le Cosmo Jazz Festival (Jazz en altitude) créé par André Manoukian. Nous y participions.
On a donc remporté ce tremplin qui était organisé entre les différentes formations présentes. On lui a proposé d’écouter l’album que nous avions en préparation. Il avait son propre label, il a cru en nous et nous avons signé.
Y a-t-il quelqu’un dans le Trio qui prend le lead au niveau de la création ? Comment bâtissez-vous vos albums en règle générale ? Qui apporte les idées ?
Christophe a contribué largement dans les premiers albums. Notre musique évoluant, c’est plus collectif à présent. Dans la phase de création on jam ensemble. Chacun apporte de la matière, on cherche une connexion. On enregistre, on tente des choses. A la réécoute, à partir de ces matériaux bruts, c’est Christophe qui arrange et finalise le titre.
Dans un trio, chaque instrument est très exposé. Comment se construit la complicité musicale entre vous ?
Les morceaux sont très écrits. Toutefois, pendant un concert, on s’autorise des digressions.
Votre musique mêle jazz, électro, pop et rock. Vous évoluez vers un jazz de plus en plus hybride. Est-ce une évolution naturelle ou un choix artistique assumé ?
Avec le temps, on cherche à s’ouvrir à un public différent, plus large, « debout »
Debout ?
Un public plus jeune, plus énergique, capable d’assister au concert dans une fosse. On s’aperçoit qu’on cherche aussi à produire un son différent, parce qu’on écoute des choses très différentes en matière musicale et qu’à un certain moment, ces sons nous nourrissent et font évoluer notre créativité.
Votre deuxième album Highline a dépassé les deux millions de streams et vous a ouvert les portes de grands festivals. Qu’est-ce que ce succès vous a apporté ?
De la confiance. De pouvoir aller où l’on souhaitait aller. Se sentir en équilibre dans nos créations : entre jazz et acoustique. Se dire que notre choix était le bon. C’est-à-dire à mi-chemin entre ces deux esthétiques et se rendre compte que le public nous suivait.
L’improvisation semble jouer un rôle central dans votre univers. Jusqu’où laissez-vous la musique vous surprendre pendant un concert ?
Quand on sort du cadre, dans un concert en s’offrant une improvisation, par exemple. Là, il y a une énergie qui passe entre nous.
Il vous arrive de reprendre des standards retravaillés (Gnossiennes de Satie dans l’album Highline ou le morceau Around The World des Daft Punk). C’est quoi ? Une respiration, un clin d’œil ?
Ça reste dans cette idée d’ouverture esthétique. Nous sommes tournés vers d’autres univers musicaux. En reprenant Satie, on voulait montrer que revisiter un classique ne nous faisait pas peur. Pour Daft Punk, ça correspondait à ce qu’on aimait et écoutait à l’époque. En plus, un groupe français.
Vos compositions sont souvent décrites comme « cinématographiques ». Écrivez-vous vos morceaux en imaginant des images ou des paysages ?
Christophe est très inspiré par ses origines « alpines ». D’où le nom du groupe Fœhn. Il a aimé gravir différents sommets. D’ailleurs les titres du premier album Magnesie étaient des clins d’œil à son univers. On retrouve donc tous ces paysages mêlés dans notre musique.
Votre tout nouvel album Soleil de Minuit explore de nouvelles couleurs musicales. Quelle atmosphère ou quel imaginaire souhaitiez-vous y faire naître ?
Midlight Sun ou le soleil de minuit, est un phénomène naturel qui a lieu en été, au sud du cercle arctique. C’est un jour dans l’année où le soleil ne se couche pas. Ça porte l’idée de fête, de danse. C’est l’équilibre entre Nuit et Soleil, entre acoustique et électro, la direction artistique que nous avons tenue dans ce nouvel album.

Toujours pour ce nouvel album, vous invitez la chanteuse franco-éthiopienne Fleur Worku. Qu’apporte cette voix à votre univers instrumental ?
C’était un désir que nous avions, sans jamais avoir pu le concrétiser jusqu’ici. Fleur est une petite étoile montante de la scène lyonnaise. Il y avait deux choses. Elle se produisait déjà dans le groupe « The Amazing Keystone Big Band » et je l’avais repéré quand j’étais prof au conservatoire de Lyon, où elle était élève. On avait dégagé trois morceaux de l’album où il était possible d’y joindre une voix. On les a finalisés avec sa participation En français, en anglais et dans sa langue natale. L’écriture des textes a été collective.
Vos morceaux oscillent entre puissance rythmique et poésie mélodique. Est-ce une tension volontaire dans votre écriture ?
Ça fait partie de notre ADN, là où chacun de nous se retrouve.
Votre musique est souvent décrite comme un « jazz actuel ». Comment percevez-vous la scène jazz contemporaine aujourd’hui ?
Elle est riche et diversifiée. Le Jazz a traversé le XXe siècle, s’est enrichi d’un tas d’influences musicales diverses, s’en est nourri. C’est un choc artistique entre la musique noire américaine et celle qu’on peut qualifier d’européenne. Ça a donc été toujours une musique en perpétuel mouvement.
Vous avez joué dans de nombreux festivals de jazz. Quel souvenir de scène a marqué un tournant pour le groupe ?
Cosmo Jazz, que j’évoquais tout à l’heure. On joue à deux mille mètres d’altitude, soudain un piano hélitreuillé par un hélicoptère se pose sur la scène ! Moment incroyable. C’était juste après notre premier album. Ça a marqué un tournant définitif pour nous.
Lorsque vous composez, partez-vous plutôt d’un motif rythmique, d’une ligne mélodique ou d’une texture sonore ?
D’un riff à la fois rythmique et mélodique qui sert de fil conducteur aux compositions et installe immédiatement une signature sonore reconnaissable.
Votre musique cherche à rester accessible tout en restant exigeante. Comment parvenez-vous à garder cette double ambition ?
Est-ce que délibérément on pourrait se poser cette question au moment du travail de création ? Je ne pense pas. Mais le rendu l’est à priori, et on s’en félicite. Également, nous sommes attachés à la mélodie, tout comme le public qui en règle générale s’accroche à une mélodie particulière. Ce qui rend nos compositions plus accessibles. En règle générale nos envies, notre travail rencontrent les envies de notre public.
Votre tournée a nouvel album est sorti ces jours-ci, quels sont les retours professionnels ?
On a de super retours et ce qui est génial est que cela dépasse le cadre de notre frontière et qu’on a déjà des dates signées jusqu’au Mexique où il est prévu qu’on se produise cet été.

