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Chambres d’amis à LaVallée

CHATENAY-MALABRY Les promoteurs du nouveau quartier LaVallée ont voulu y nicher une idée simple, quoiqu’inhabituelle. Elle est en tout cas assez rare pour surprendre quand on en apprend l’existence. Il s’agit de chambres d’amis partagées. L’idée est de mettre à disposition pour un ou plusieurs jours, à la demande des copropriétaires ou de leurs locataires, une chambre dûment cocoonée.

Un précédent article rendait compte d’un entretien chez Moustache avec Karim Najjar et Emilien Houdeau . On reprend ici ce qu’ils avaient dit sur ces chambres, « une réponse intelligente à la baisse des surfaces habitées ». Douze sont prévues à terme quand les 2200 logements seront livrés. Pour l’heure, avaient-ils expliqué quatre sont disponibles. Les nids douillettement meublés ont une décoration soignée, une machine à café, une bouilloire et une pièce d’eau accessible aux personnes à mobilité réduite. Leur réservation est pour très bientôt: troisième trimestre de cette année pour Karim Najjar, quatrième pour Emilien Houdeau. L’incertitude vient des durées à prévoir : temps de décision, de contractualisation et de mise en place.

Objectif 2025

Dans l’esprit des aménageurs, les chambres d’amis visent à donner une valeur ajoutée au quartier et à y développer un sentiment de communauté. Partagées et pratiques, elles permettent aux habitants d’accueillir dans de meilleures conditions que chez eux.

La gestion en est déléguée à l’ASL LaVallée. La mise en service effective est pour bientôt. « Au début, Foncia, qui assure la direction de l’ASL jusqu’en 2026, avait étudié des offres de réservation, ménage, nettoyage du linge… Mais elles étaient beaucoup trop onéreuses », se souvient Karim Najjar. Face à cette impasse, les copropriétaires se sont impliqués.

Dès septembre 2023, poursuit-il, « nous avions rassemblé les conseils syndicaux pour valider l’étude de nouvelles propositions ». En 2024, le bureau a travaillé avec Foncia sur de nouvelles offres de conciergerie. Avec l’idée que « l’offre retenue devra inclure une application de réservation par smartphone », précise Emilien Houdeau avec un enthousiasme geek. « Et bien sûr, un service complet : ménage à chaque sortie, changement des draps et serviettes, et, ajoute-t-il mi-plaisantant, peut-être même des capsules expresso… »

Les propositions seront soumises pour choix lors de la prochaine assemblée générale. Tout en sachant que l’équilibre économique du dispositif est essentiel. Le scénario en cours est défini sur la base d’un amortissement des coûts incompressibles sur 120 nuits annuelles, soit 30 nuits par chambre. « Nous inclurons probablement des tarifs dégressifs afin de coller au mieux à l’idée de service entre copropriétaires, et à moindre coût », explique Karim Najjar. Pour une, deux nuits ou plus. Chaque copropriétaire pourra réserver jusqu’à 30 nuits par an.

Les acteurs

L’ASL LaVallée fut créée le 17 août 2020. Pour les ignorants dont j’étais, une ASL (Association syndicale libre) est un type d’association de propriétaires qui « peut avoir pour objet la construction, l’entretien ou la gestion d’ouvrages, d’espaces, de services communs (gardiennage, conciergerie, piscine, services spécifiques) ou la réalisation de travaux ainsi que [des] actions d’intérêt commun. »[1] Karim Najjar en est le président, Thierry Joly le vice-président, Emilien Houdeau le trésorier et Josiane Vanacker la secrétaire, du moins jusqu’il y a peu. Elle vient de se retirer et son remplacement est en cours. Ce bureau a été élu en avril 2024 par les représentants des conseils syndicaux de sept résidences du quartier. Les sept qui ont été livrées d’abord.

L’intérêt pour des initiatives communes doit être rapporté au fait que les résidences ont chacune leur identité. Elles ont été conçues sur des orientations différentes et par des promoteurs différents, Eiffage Immobilier, Kaufman & Broad, Icade et Lidl pour ses propres bâtiments.

L’ASL a été créée « à l’échelle de la ZAC pour assurer le portage d’un certain nombre de services à l’échelle du quartier (gestion des chambres d’amis partagées, gestion de la conciergerie de quartier …) »[2]Elle regroupe les promoteurs déjà cités et des représentants des copropriétaires. Côté promoteurs, une entreprise publique locale, la SEMOP Châtenay-Malabry Parc-Centrale créée en février 2017[3], s’est vu attribuer la concession d’aménagement.

Horizon géothermie

Les fanas de l’internet verront qu’à sa création, l’ASL avait un objet assez éloigné, à savoir la gestion d’une station primaire de géothermie. Ce n’est pas une illusion d’optique. Les chambres d’amis sont bien arrivées plus tard. C’est que, image écosensible encore, les plans initiaux avaient prévu une production locale du chauffage. La station de LaVallée existe bien mais, pour l’heure, elle est alimentée au bois et à la biomasse, après une douloureuse (pour le porte-monnaie !) expérience du gaz. Car les plans ont évolué. La municipalité a fait le choix d’un accès plus central aux sources souterraines (Dogger). L’ancienne fac de pharmacie a été choisie comme point central à même de desservir plusieurs quartiers, dont LaVallée. Du coup, la gestion de la station échappera à l’ASL. « Nous espérons un raccordement au réseau de géothermie d’ici 2026 », dit Emilien Houdeau. C’est demain.

Le lieu de forage géothermique n’est pas le seul point qui ait changé depuis la conception initiale. Qui s’en étonnera ? En 2019 (l’année de son achat, se souvient Emilien Houdeau), la livraison de l’aménagement était « prévue en 18 lots avec 3 phases dont une première livraison courant 2022 et la dernière livraison prévue en 2026. » On n’y est pas. Pour maintes raisons, « les ventes ne suivent pas le rythme attendu au départ » et le calendrier a dû être revu. La phase 3 a été divisée en deux : phase 3 (bis) et phase 4. Avec quelque incertitude sur les dates de livraison.

Commencements

De ce fait, La Vallée cherche encore son rythme de croisière commerciale. De nombreux espaces attendent preneurs. Il faut dire qu’une autre contrainte existe. « Altixia, le bailleur de la totalité des commerces, propose des cellules très grandes qu’il ne veut pas ou ne peut pas découper », explique Karim Najjar. « À 350€ par m² et par an, pour 200m² on arrive déjà à quasiment 6000€ par mois », sans compter les raccordements divers… Faut que le négoce marche sacrément bien.

S’ajoute à cela une clause d’exclusivité accordée à Lidl pour les surfaces supérieures à 400m² jusqu’en 2031. Des dérogations sont toutefois prévues pour les commerces bio et les halles gourmandes. Tenez-le-vous pour dit.

Ainsi, LaVallée ne sera peut-être pas le projet rêvé du début, mais elle se construit pas à pas. Sa densité (certes perçue négativement par certains[4]) est un facteur d’autonomie. Donc d’identité, laquelle dépendra beaucoup des habitants avec les initiatives, les réseaux de voisinage qu’ils voudront faire vivre.

Noms

Le quartier, assurent Karim Najjar et Emilien Houdeau, a de sérieux atouts. Les écoles, les commerces, les transports en commun, des constructions confortables. Des résidences bien distinctes et pourtant analogues, réparties le long des rues que l’urbanisation a tenu à maintenir. Rues simples, bordées d’immeubles ou d’allées arborées. Résidences reconnaissables : celles livrées en 2022, Épure et Canopée (en face du futur collège), Botanik (en face de l’école), Confidence (plus avant dans le cours du Commerce, là où est l’esthéticienne), Émeraude (où est Moustache), Icône (où est Gifi), Spot, Prisme et Côté Jardin (un ensemble à l’angle du cours du Commerce et des Jardins de LaVallée. Celles livrées fin 2024 : Estrella-Boréale (dont un côté donne sur la Division Leclerc), Perle du parc (sur l’avenue Sully Prudhomme qui longe le parc de Sceaux), Mimésis et Saphir (sur les Jardins de LaVallée).

Une cavalcade de noms improbables. On pourrait en imaginer d’autres, voire aucuns. Et LaVallée ne se résume pas à ça. On y vit, on y prend ses marques. L’acclimatation est en cours. Elle créera forcément quelque chose, un esprit ou une solitude, un dortoir ou un havre. De toute façon, l’empreinte collective de ses habitants transformera l’espace géographique. Transforme sans doute déjà. Certains s’y emploient, y consacrent du temps, y nourrissent des espérances. À suivre.


Notes

[1] Voir pour des détails sur les missions d’une ASL, le site du CEREMA.
[2] https://collectifcitoyenchatenay.org/wp-content/uploads/2020/11/Eiffage-demande-dautorisation-travaux-géothermie-Avril-2020.pdf
[3] Voir PV du conseil municipal du 11 mai 2017
[4] Enquête LaVallée – Article 1/5 – Collectif Citoyen Chatenaisien

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