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La solidarité des gens ordinaires

FONTENAY-AUX-ROSES Ce 3 mars, l’établissement français du sang (EFS) organisait une collecte au château Sainte-Barbe. L’occasion de rencontrer des donneurs, pour tenter de comprendre pourquoi ils prennent régulièrement une demi-heure pour aller donner leur sang.

Ils s’appellent Édouard, Hervé, Vincent, Laura, Mathis, Bérénice, Florian, Federico, Thierry, Joao, Romain, Jean, Nathanaëlle, Jérôme, Violette, Caroline. Ils sont en train de prendre un peu de nourriture après avoir donné leur sang et ils acceptent de s’expliquer. Enfin, s’expliquer est peut-être un grand mot, car on comprend que pour eux, il s’agit tout simplement d’un geste naturel. Donc ils le font sans se poser des questions.

Mais si c’est un geste naturel aujourd’hui, ce n’était peut-être pas le cas la première fois, car forcément, il y a eu une première fois ! Pourquoi ont-ils donné leur sang la première fois ?

Des raisons multiples

Certains ont donné la première fois parce qu’il y avait une collecte dans leur lycée, leur fac, leur entreprise. Parce qu’ils travaillent (ou étudient) à l’hôpital et savent à quel point c’est important. Ou entraînés par des amis. Ou par conviction et solidarité. L’un d’entre eux passait devant l’EFS tous les jours. Pour près de la moitié, il s’agissait d’une tradition familiale, ils ont fait comme leur père et/ou leur mère.

Et ils continuent. Les plus âgés ont déjà dépassé la centaine de dons. Et ils sont ravis de constater qu’il y a de plus en plus de jeunes donneurs autour d’eux. Pourtant, les statistiques montrent qu’ils sont plutôt en légère diminution : 1,57 million de donneurs en France en 2023. Un peu plus qu’en 2005, mais moins qu’en 2010, où le nombre avait dépassé les 1,7 million. Alors, régulièrement, l’EFS leur envoie un message pour les avertir d’une collecte. Ils y vont, parce qu’il y a toujours des risques de manque dans les hôpitaux.

La durée de vie des produits sanguins est limitée : 7 jours pour les plaquettes, 42 jours pour les globules rouges. Si le plasma congelé se conserve plus longtemps (1 à 3 ans), les besoins sont en constante augmentation, notamment pour la fabrication de médicaments Le don de sang est possible toutes les huit semaines, jusqu’à six fois par an pour les hommes et quatre fois par an pour les femmes.

Les Franciliens sont environ deux fois moins donneurs que les Provinciaux.

Des gens ordinaires

Ceux qui étaient au château Sainte-Barbe ce jour-là venaient de Fontenay, de Bagneux, de Châtillon, de Meudon, ou d’ailleurs. Ils étaient de tous les âges. Ils n’ont rien dit de leur profession, sauf les trois qui travaillent à l’hôpital.

Manifestement des gens ordinaires. Peut-être votre voisine, un de vos collègues, ou votre frère. La caissière dans votre supermarché ou le patron de votre entreprise. La personne qui était devant vous dans le métro ou celle que vous venez de croiser dans la rue.

Des gens ordinaires qui trouvent naturel cet acte de solidarité. Pas un geste compliqué. Il demande une demi-heure sans compter le déplacement. Ils savent que certains appréhendent la piqûre ou craignent d’avoir mal. Ils n’en font pas un problème. Et ils ne se sentent pas spécialement fatigués après.

Des gens ordinaires faisant un acte qu’ils jugent ordinaire. Mais qui collectivement, grâce à la multiplicité de ces gestes ordinaires, sauvent des vies tous les jours.

Vous pouvez faire de même demain, si vous remplissez les conditions.

Des conditions vérifiées avant chaque don

A l’arrivée au centre de collecte, le donneur remplit un questionnaire et discute avec un médecin qui vérifie s’il peut donner son sang et qu’il n’y a pas de contre-indication. Ce moment d’échange privilégié vise à garantir la sécurité des donneurs et des personnes qui recevront les produits sanguins. S’il y a contre-indication, le donneur ne pourra pas donner cette fois-ci. Pour donner il faut être âgé de 18 ans minimum et de 70 maximum, peser au moins 50 kilos et être en bonne santé. Mais il existe des contre-indications comme des soins dentaires dans les 7 jours précédant le don, un voyage dans une zone où sévit le paludisme il y a moins de 4 mois, être enceinte ou encore un tatouage réalisé il y a moins de 4 mois…  

Retrouvez toutes les contre-indications sur le site de l’EFS . Vous pourrez y tester votre éligibilité au don, avant de prendre rendez-vous.

Motivations prises au vol

A 18 ans Vincent a vu un camion de l’EFS et s’est dit : « pourquoi pas ? » Il a fait une quarantaine de dons depuis. Il a organisé plusieurs fois des dons du sang dans l’entreprise où il travaille. Parce qu’il y a alors un effet d’entraînement à cette occasion, et pas de rendez-vous à prendre.

Laura est une jeune infirmière et c’est pour cela qu’elle a été amenée à donner son sang. Ou son plasma. Elle le fait maintenant environ 4 fois par an. Cette fois-ci, elle est venue avec un ami, mais celui-ci ne remplissait pas les conditions pour donner .

Bérénice a donné l’année de ses 18 ans. Il y avait une collecte dans son université. Elle trouvait que « c’était chouette de donner son sang ». Cela fait maintenant 12 ans qu’elle le donne régulièrement.

Federico l’a fait la première fois avec un groupe d’amis. Il se sont lancés comme ça. Et quatre ans après, ils continuent tous à le faire, même s’ils sont maintenant éloignés les uns des autres.

Thierry a trouvé normal de pratiquer une action solidaire. Il continue. Il trouve que c’est « un moment convivial », on discute avec les infirmières et les autres donneurs.

On en a parlé au travail à Joao et il s’est dit « pourquoi pas ? » Il donne tous les deux mois depuis 20 ans.

Jean avait 18 ans la première fois. Il est maintenant en 3e année de médecine. Il a déjà fait un don de plaquettes, mais c’est plus long. Aujourd’hui, il n’avait pas prévu de donner. Mais il a reçu un SMS de l’EFS et il y est allé.

Jérôme passait devant l’EFS pour aller à l’Université quand il était étudiant. Il a donné le jour de ses 18 ans. Ou son plasma : cela durait 3 heures, il en profitait pour réviser. Il lui arrive de donner ses plaquettes.

Caroline a donné la première fois en entreprise. Elle le fait régulièrement et estime rendre service en le faisant.

Influences familiales

Les parents d’Édouard, d’Hervé, de Mathis, de Florian, de Romain, de Nathanaëlle, de Violette étaient donneurs. Ils ont suivi l’exemple familial.

C’est seulement la 2e fois pour Édouard mais il est prêt à continuer.

Hervé a déjà donné une centaine de fois. Et ses enfants le font aussi.

La mère de Florian lui avait toujours dit de le faire, au moins pour donner ce dont il pourrait avoir besoin un jour. La première fois, c’était en terminale, un vendredi. Ils avaient sport l’après-midi, la direction avait expliqué que les élèves de sa classe ne pourrait pas donner leur sang à cause du sport ensuite. Avec ses amis, il est allé donner son sang pour ne pas aller en sport ensuite ! Il donne environ une fois par an, depuis 20 ans.

Mathis accompagnait sa mère au don du sang quand il était jeune. Quand il a eu l’âge de donner (18 ans) il a profité d’une collecte à la fac. Il continue depuis. Il trouve que c’est un moment convivial. La première fois, on peut avoir un peu peur. Aujourd’hui il donne « comme il prend le bus ».

Romain donne régulièrement lui aussi. Il trouve cela naturel, il y a des gens qui en ont besoin lors des opérations.

Nathanaëlle est en troisième année de sage-femme. Elle sait que c’est important. Elle donne régulièrement.

Violette n’avait encore jamais donné. Elle faisait de l’anémie et avait un traitement à ce sujet. Quand elle a voulu donner, on lui a dit qu’elle manquait de fer, que ce n’était pas possible. Elle a revu son médecin qui a modifié son traitement. Et c’était donc sa première fois. Elle n’a pas trouvé cela particulièrement agréable, mais cela ne fait pas mal.

Elle a l’intention de continuer.

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