Les amoureux du bois scrupuleusement façonné, de la belle ouvrage et de l’inspiration multiple d’un sculpteur pionnier iront à la médiathèque de Fontenay, 6 place du Château Sainte-Barbe, admirer les œuvres d’Alexandre Noll. Elles sont exposées jusqu’au 27 avril.
Il a commencé dans les années 1920 par fabriquer au tour des parapluies pour le Bon Marché. Alexandre Noll s’était fait la main dans les Dardanelles pendant la Première Guerre mondiale. Il faut croire que l’autodidacte a des talents pas ordinaires, puisque Paul Poiret, le légendaire couturier et parfumeur, le remarque et lui confie la conception d’articles ménagers et d’objets décoratifs.
Sa notoriété ne fera que croître. On trouvera dans l’exposition des mots amicaux de Jacques Audiberti, Jacques Prévert, Jean Giono. Il participe au Salon des Artistes Décorateurs. Il ajoute aux meubles qu’il fabrique, des sculptures abstraites. Il peint. Vous verrez des exemples de tout ça à la médiathèque. Plusieurs expositions personnelles à Paris après-guerre et dans les années soixante le rendent célèbre. Depuis sa mort en 1970, sa capacité à révéler la beauté intrinsèque du bois fait l’objet de nombreux hommages. D’ailleurs, le musée d’art moderne de la ville de Paris et le musée des beaux-arts de Dijon possèdent de ses œuvres. La plupart ont été vendues à des amateurs étrangers, aux Etats-Unis notamment.
Un vernissage
Muriel Galante Guilleminot, maire adjointe, déléguée à la Culture, présente l’exposition. Elle se confond en remerciements chaleureux envers Dominique Touranchet-Noll, un petit-fils du sculpteur. La raison de la chaude reconnaissance apparaîtra quand on apprendra que les pièces exposées viennent de la maison du petit-fils qu’il a quasiment vidé. « Je m’y sens comme dans un campement. » Ses tableaux (œuvres moins connues et redécouvertes récemment) ont été décrochés. Ses tables dont vous apprécierez sur place les incroyables piètements n’habitent plus ses pièces. De même pour les buffets qu’Alexandre Noll ne voulait blesser d’aucun métal. Charnières, fermetures, tout est de bois et ingénieusement conçu. Les compositions abstraites ont aussi rejoint l’exposition. Ainsi, peintures, gravures, aquarelles, bois, tout y est passé !
L’élue salue avec une émotion semblable la mobilisation qui a permis la tenue de l’exposition : l’équipe des archives, le service de la culture, la médiathèque et bien sûr la famille. C’est leur rencontre et leur engagement qui ont permis d’élaborer une exposition, à tous égards, rarissime. Les œuvres d’Alexandre Noll sont éparpillées dans le monde.
Laurent Vastel, le maire de Fontenay-aux-Roses, se félicite avec humour d’accueillir l’exposition. Il sent pour lui-même une double proximité. Celle de savoir que l’artiste vécut et créa à Fontenay. Celle de partager avec lui le goût des outils. Entre les gouges et les ciseaux du sculpteur et ses outils de chirurgien orthopédiste, il voit une sorte de parenté dans les gestuelles. Avec une profonde différence, tout de même, qu’il s’amuse à souligner : l’artiste doit faire différent à chaque fois. On ne demande surtout pas ça à un chirurgien. On fait plus que le croire, on l’espère !
Inspirations et influences
A très grands traits, l’itinéraire artistique d’Alexandre Noll, commence lors de l’Exposition Internationale de 1937, où il présente des vases, pichets et plats creusés, réalisés avec une finition polie unique.
À partir de 1935, il crée des meubles sculptés, puis dans les années 1950, il se lance dans la sculpture abstraite.

Ses sources d’inspiration sont celles de son époque. On trouve chez lui des références à l’Art Nouveau, avec des formes organiques et des lignes courbes. A l’Art Déco, avec des formes plus géométriques et des motifs stylisés. Mais ses sculptures en bois aux formes simples et épurées ont quelque chose de l’art primitif. Au sens où la nature est, à suivre ses déclarations, une sorte d’étymologie de son œuvre. Chez lui, le bois est un matériau vivant (des matériaux vivants) dont il faut révéler la beauté intrinsèque.
On prête à Alexandre Noll d’avoir dit : « Je ne tue pas le bois, je lui obéis ». Comme s’il se laissait guider par le bois qu’il choisit, avec ses imperfections, ses nœuds et son grain. Il lui fallait préserver en chaque morceau la nature unique. Formé par personne sauf lui-même, il forge dans ce rapport au matériau ses propres techniques, celles dont Poiret avait reconnu le potentiel.
Une voie Alexandre Noll
Un communiqué de presse de la municipalité l’annonce : « Le 28 avril 2025, à 18h, la Ville rendra hommage à l’artiste en donnant son nom à une rue, en référence à son atelier de Fontenay-aux-Roses, où il a vécu et créé plusieurs de ses œuvres majeures. La journée se poursuivra, dans le hall de la Mairie, par l’inauguration de la sculpture Monumental Traverse, offerte par la famille Touranchet Noll à la Ville de Fontenay-aux-Roses. »
Pour en savoir plus
- Des souvenirs d’Odile, la fille d’Alexandre Noll. Document déposé à la ville de Fontenay.
- Œuvres d’Alexandre Noll sur un site (en anglais) Works for Sale, Upcoming Auctions & Past Results