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Vincent Delerm : artiste sans mode d’emploi

Vincent Delerm est-il encore un chanteur compositeur alors qu’il est aussi photographe, cinéaste, auteur et homme de théâtre ? En mai dernier, il affirmait : « Mon média préféré, c’est la chanson », tout en expliquant photographier et filmer presque chaque jour. C’est le sujet de l’entretien. L’occasion de faire le point sur un talent très original qui passe en concert le 7 octobre à 20 h 30 à l’Azimut. Il rechantera bien sûr Châtenay-Malabry, chanson qui figurait déjà sur son tout premier album en 2002.

Avec Vincent Delerm, le « vous » n’a pas dépassé les premières salutations. Le tutoiement est de rigueur. Il est comme ça.

Pierre Bozzonne Comment parviens-tu à mener de front des parcours d’auteur, compositeur et interprète, de photographe, de cinéma, de réalisation, de mise en scène… ? Est-ce qu’elles constituent des univers différents, ou au contraire différentes facettes d’une seule et même démarche artistique ?

Vincent Delerm Souvent les gens utilisent les mots auteur, compositeur, interprète pour dire juste que tu fais tes chansons et que t’es chanteur. Mais bon voilà, ma base c’est d’être chanteur, d’écrire des chansons et de réfléchir après à comment les mettre en scène et çà, depuis longtemps finalement. Même quand j’ai fait des films ou des photos, c’était un exercice auquel j’étais un peu habitué avec le fait de fabriquer des spectacles et finalement je n’ai pas l’impression de faire 12 milliards de trucs si différents.

Il y a le côté écrire des chansons, après réfléchir à des visuels pour les concerts et puis de fil en aiguille, c’est sûr que j’ai développé le fait de faire aussi de la photo de manière plus indépendante et d’en faire aussi lors de mes concerts. Et pareil, j’ai fait deux films qui sont passés en salle et qui n’étaient pas des objets qui étaient faits pour.

Je m’y retrouve, j’ai toujours eu beaucoup de liberté pour faire tout ça, que ce soit dans le cadre de ma maison de disques, de mon label qui m’a toujours laissé faire exactement ce que j’avais envie de faire. Et ailleurs aussi, j’ai cette chance de proposer régulièrement des choses qui ont été acceptées soit par des gens qui les produisaient. C’est super parce que du coup, c’était ce que je rêvais d’obtenir, c’est-à-dire de faire ça pendant assez longtemps et qu’on me laisse la chance de proposer des choses au fur et à mesure des années.

J’observe qu’on accepte encore difficilement qu’un artiste multiplie des formes d’expression. Est-ce que tu passes entre les gouttes et que finalement personne ne t’en fait le reproche ?

C’est drôle que tu dises ça, c’est vrai. J’ai toujours trouvé que les artistes se mettent en avant sur d’autres activités avant même de les avoir démarrées. Les gens ils attendent ça de moi, donc je suis enfermé là-dedans. Ou alors ma maison de disques me demande de faire tout le temps ça parce que c’est ça qui marche.

Mais en même temps, c’est quand même notre mission : se bagarrer artistiquement !  sinon ce serait trop facile. C’est un métier où on a de la chance si on considère les gens qui se réveillent à 5h du mat pour prendre le RER, qui sont épuisés, exsangues. Nous on a cette chance de pouvoir faire quelque chose qui est notre passion au départ. Et effectivement il faut se battre un peu pour imposer le fait qu’il n’y ait pas de systématisme, le fait que ça reste ouvert.

Mais je trouve que c’est souvent une facilité de prétendre qu’on n’ait pas le droit, qu’on serait empêché ou critiqué de multiplier les activités artistiques. Evidemment qu’à chaque fois il faut le faire sérieusement, consciencieusement, bien travailler le truc. Tu ne peux pas arriver et dire « tiens, regardez j’ai fait un film ou une expo de photos, c’est génial ! » , si tu t’y es pris avec un appareil jetable la veille entre les mains ! C’est sûr qu’il faut que ça vienne de loin, qu’il faut avoir réfléchi, travaillé son sujet. Mais à partir du moment où tu le bosses bien, je trouve que les gens te respecteront.

Et voilà, c’est un peu une idée un peu facile pour des artistes de dire « moi j’aimerais bien faire autre chose, mais on ne me laisse pas le faire. » Allez vas-y, gare-toi, et bosse !

Tu as baigné dans un environnement artistique (parents professeurs et écrivain) très riche culturellement. Peut-être pas forcément économiquement. Est-ce que c’est cela qui t’a libéré de l’idée qu’un artiste devait forcément faire carrière et réussir sur les 2 fronts ? Parce que je n’ai pas le sentiment que tu sois un carriériste « à mort » mais qu’au contraire tu te sens libre et finalement dégagé de ce qui est la norme dans ce métier ?

Il y a plusieurs choses dans ta question sur le rapport au succès. Dans le cas de mes parents, étant enfant, je les ai vus être très profs, réaliser beaucoup leur métier de prof, prendre ça très à cœur et en même temps espérer beaucoup publier des livres. Parce que finalement, une fois que les choses sont mises en place, ça paraît une évidence. La suite logique des choses, c’est de trouver une maison d’édition quand on est écrivain ou quand on est illustratrice comme était ma mère.

Surtout qu’au moment où tu décolles artistiquement, ton père décolle aussi avec son livre [La première gorgée de bière – Phillipe Delerm 1,5 million de livres vendus, NDLR]

Non, il décolle avant, cinq ans avant. Du coup, quand je suis arrivé, mon nom était connu grâce à mon père. Mais en tout cas, encore aujourd’hui : si je passe une semaine de vacances avec eux l’été, je vois tous les jours ma mère peindre ou dessiner, mon père écrire.

Ils ne se posent même pas la question de « est-ce que ça va marcher ? ». Ça fait partie de leur hygiène de vie de fabriquer des choses et de vivre aussi très normalement à côté de ça. Donc c’est le modèle que j’ai en tête, c’est-à-dire la question ce n’est pas : est-ce qu’on va faire une grande carrière ?  C’est juste : si tu as envie de créer, alors il faut le faire.

Et quelquefois, ça nous fait rigoler parce quand l’un de nous a un peu de succès, puis des fois pas du tout. Et c’est aussi ça qui fait les carrières longues. On accepte qu’il y ait des passages à vide aussi et des passages plus ou moins fun, plus ou moins sexy sur la réception du public. C’est ce qui compte : t’offrir des moments de vie différents. Quand un album marche beaucoup, quand une chanson existe un peu plus que les autres. Mais en dernier ressort, ce qui fait que tu te maintiennes dans la durée, c’est le fait de bien supporter les moments où ça marche moins.

Si beau (Video officielle) de l’album La Fresque, le 8ème album de Vincent Delerm 

Tu as évoqué sur France Culture François Truffaut [Vincent Delerm fait une hypokhâgne, des études de lettres, avec un mémoire consacré à la dimension littéraire du cinéma de François Truffaut, NDLR]. Dans ta manière de construire tes textes, y a-t-il toujours un écho de l’écriture cinématographique, Nouvelle Vague, avec ses collages de mots, de sensations, de références picturales ou littéraires ? Est-ce toujours dans ton ADN ou bien es-tu passé à autre chose?

Non, d’une manière générale, même si avec les années tu découvres des gens différents – je n’ai jamais cessé de découvrir de nouvelles idoles, qui sont apparues plus récemment pour moi – ça n’efface jamais les gens qui sont à l’origine de tes premières émotions. C’est un truc qui s’additionne.

Je ne me suis jamais dit, maintenant comme j’aime le groupe A-Ha, que je suis devenu fan de The Cure, je me détourne de mes premières influences.

Et après, ce n’est pas tant le collage de mots et tout ça, c’est plus souvent la sobriété des moyens techniques utilisés par les cinéastes de la Nouvelle Vague.

Et puis également toutes ces scènes qui se déroulent dans des appartements, souvent autour de groupes constitués de deux ou trois personnes [il fait référence, aux scènes des films de François Truffaut, NDLR]. Les dialogues aussi sont importants : Rohmer, travaille beaucoup sur l’art de la conversation, de la séduction.

On n’est pas dans les grandes fresques en costume, des films avec des budgets de 30 millions d’euros. ça paraissait envisageable, ça me plaisait beaucoup, quand j’étais plus jeune, de me dire « ça a l’air d’être faisable de faire ça ! ». Ce qui n’est pas le cas quand tu vas voir des films de Spielberg, tu te rends bien compte qu’il va falloir décrocher des budgets de fous et donc voilà, pour répondre à ta question : Oui, ça m’attire toujours.

Le théâtre a été important dans la première partie de ta vie (avant de connaître le succès dans la chanson. [Vincent Delerm a commencé par écrire des pièces de théâtre à l’Université de Rouen avec la troupe La Réplique. Il a notamment écrit la pièce Le Monologue d’un homme qui n’aime pas le théâtre, NDLR]. Si ton premier disque n’avait pas rencontré son public, est-ce que tu aurais pu mener une autre carrière professionnelle ? Tu as récemment évoqué que les métiers de professeur ou journaliste auraient été des voies possibles par exemple. Tu t’es franchement posé la question ?

Oui, la question se posait. J’étais vraiment dans cette idée-là. Après je suis vraiment quelqu’un qui aime écrire des chansons parce j’adore la chanson française en général et l’histoire la chanson. Et donc voilà, je pense que j’aurais été sûrement journaliste. Et d’ailleurs, j’ai été stagiaire au Monde 2 ou 3 ans avant de faire mon premier album, et assez vite ils m’ont fait chroniquer les disques, soit de pop anglaise, soit de chansons françaises et j’aimais bien faire ça. C’est drôle récemment, je suis retombé sur un article que j’avais fait, je me suis dit que c’était pas mal, j’aurais pu faire ça (rire).

Moi aussi, ça m’a étonné, surtout qu’en plus, je l’ai plutôt écrite la chanson à 22-23 ans. Je ne sais pas. Il y a ce truc quand tu es jeune : montrer que tu es concerné aussi par des choses qui ne sont pas des trucs qui te concernent. Il y a un plaisir à ça, une forme de vertige. C’était une chanson qui partait d’une sensation que j’avais eue lors de vacances d’hiver, de Noël. Il y avait mes grands-parents qui habitaient dans le Tarn-et-Garonne, qu’on allait visiter l’été. Et de temps en temps, on allait aussi pour les fêtes de Noël et pour le Nouvel An. Et on était repartis et je me souviens que ma grand-mère m’avait dit – mais j’étais jeune, j’avais 20 ans – on m’avait dit un truc genre : « Bon, c’est bien, tu vas retrouver tes amis, tu dois être content. »

Tu as su transposer.

J’avais senti que quelque chose se passait. Je m’étais dit, en fait, elle a vraiment conscience que je suis très heureux d’aller la voir, mais que quand même, c’est quand même un peu plus excitant pour moi de retrouver ma bande de potes à la fac que de se retrouver chez elle.

Et cette lucidité qu’elle avait eue, en fait, c’est un peu celle que j’ai prêtée au personnage principal de Châtenay-Malabry qui écrit cette lettre. Et oui, la chanson me surprend un peu, mais c’est aussi un héritage. Il existe une chanson d’Anne Silvestre qui s’appelle Thérèse, qui est une chanson où elle écrit une lettre comme ça. Clémence aussi. Ça m’avait influencé aussi un peu, cette idée d’écrire une grande lettre et que ce soit le motif d’une chanson. Châtenay-Malabry, à l’époque, je ne connaissais pas. Mais j’ai été saisi par la couleur du mot : parce qu’il y avait ce côté un peu – je ne sais pas- qui se termine par AY et Y. un peu gris-bleu, un peu gris.

J’y entrevoyais une grande demeure que les générations quittent les uns après les autres. J’étais très sensible aux mots, plus jeune, d’une manière générale. Je projetais beaucoup sur les mots, leurs sonorités.

Pour ta tournée, tu es seul sur scène, entouré de claviers, de dispositifs visuels. Tu as dit quelque part que la scène représentait une sorte de bascule physique et mentale. Comme tu viens du théâtre et que tes concerts dépassent depuis longtemps le simple récital, conçois-tu- un concert plutôt comme un moment théâtral ?

Oui vraiment, après c’est marrant parce que je pense que j’ai très bien pu dire cette idée de bascule physique et mentale, mais quand tu me le dis, toi, j’ai l’impression que ça donne l’impression que c’est un truc, une expérience incroyable.

Un truc métaphysique ?

Quand je ne suis pas en tournée et qu’il m’arrive d’aller voir un artiste sur scène, je me demande comment il y arrive ? Ça me paraît impossible et pas très naturel. De toute façon, ça n’est pas très naturel d’avancer vers 500 ou 800 personnes, de faire le show et ensuite d’être applaudi ! C’est quand même particulier.

Mais en fait, une fois que tu es dans le temps du spectacle, tu te conditionnes autrement et c’est que je voulais dire. Pour te répondre. Au départ, je faisais du théâtre et des chansons un peu dans mon coin ? Puis finalement le premier album a beaucoup marché, donc et c’est la chanson qui a gagné ce grand match entre chanson et théâtre. Mais j’ai été rattrapé assez vite par ce travers. Parce qu’en faisant mes spectacles, je me suis rendu compte que j’arrivais, dès le début (même quand j’étais sur un piano-voix) à insuffler de l’énergie, une attitude, théâtral, de jouer sur les silences, de jouer sur des voix off, de créer des espaces, des temps de silence, comme ça.

Et ça, cet aspect-là s’est développé et s’est étoffé au fur et à mesure des années. Ensuite, je me suis produit avec des musiciens, et de la vidéo. Maintenant, y a de la vidéo partout dans mes spectacles, tandis qu’à l’époque, au début 2000, il n’y en avait pas.

Ensuite j’ai insisté pour que ces vidéos ne soient jamais des vidéos « d’écho ». Jamais un ciel bleu ou une forêt pour l’esthétisme. C’est toujours une démarche narrative, qui complète, qui donne une information supplémentaire à sur ce qui se passe, sur ce qui se dit sur scène.

Lorsque tu fais face à plusieurs centaines ou milliers de personnes ( c’est le grand paradoxe entre les moments de création, d’introspection) et les moments où, comme aujourd’hui, tu dois enchaîner les interviews, monter sur scène ; de quoi as-tu le plus besoin ? De solitude, de la création, de la présence du public.

C’est vraiment le truc qui est super dans ce métier, c’est que tu connais vraiment des états extrêmes là-dessus, c’est-à-dire que tu as beaucoup besoin de solitude effectivement pour te remplir, pour lire des choses, pour regarder, et ensuite pour finir par créer.

Tu as une étape où tu commences à bosser un peu avec un orchestrateur, donc là on n’est pas encore très nombreux. Ensuite vient le temps du studio, où il y aura beaucoup plus de monde. Puis, tu as toute la préparation de la résidence, où tu discutes avec les équipes, où tu mets en place des choses. Donc tu fais face à un tas de sentiments : la solitude, les trucs à deux, puis à huit, puis finalement l’arrivée devant ton public.

Je ne fais jamais des salles plus grandes que 1000 places. En tournée, on joue surtout dans des théâtres, idéalement dans les théâtres où il y a un bar après. Ça permet d’aller au contact des gens, de discuter, de boire un verre. Et cette étape-là, elle fait vraiment partie de la soirée. C’est-à-dire que ce moment où les gens viennent te parler un peu, si tu ne le fais pas, ça devient étrange, abstrait.

Et surtout c’est un moment de partage, où les gens te confient des choses sur ton spectacle. Tu vois si ça s’est plutôt bien passé, tu apprends le détail de ce que les gens ont vraiment ressenti et c’est quand même très important Tu t’en nourris de façon un peu égocentrique, parce qu’on te parle de toi, de ton spectacle… C’est aussi pour ça qu’après ça fait du bien de revenir à une étape où tu restes beaucoup plus passif par rapport à la vie et où les choses ne tournent pas autour de toi et reviens aux réalités.

Pour moi c’est quand même confortable, raisonnable. C’est à taille humaine. Tu n’as pas de mecs à la sécurité dans tes concerts, pas de barrière, pas cet attirail de gros succès, des grosses scènes qui rendent un peu maboule.

Mais le simple fait que tu sois en situation d’observation, qu’on te parle de ce que tu fais, ça a vite fait de te faire pencher un peu d’un côté ou d’un autre. Donc il faut veiller à ça, mais ça se fait quand même assez naturellement.

Sur la photographie, j’ai cru comprendre que tu te balades pas mal avec un Leica. Que tu photographies des lieux, les tournées, les salles vides, les visages que vous croisiez. Qu’est-ce que tu essaies de retenir dans ces images ?

Un peu tout, justement. La photo est l’outil de mémoire le plus abouti d’une certaine manière. Parce que si je retombe sur une photo d’une location de vacances où j’étais allé pendant une semaine il y a huit ans, et si je n’avais pas la photo qui me remémore l’endroit, je l’aurais sans doute oubliée.

Je m’en ferais une image mentale autrement. Alors certes, j’aurais pu la décrire dans un texte cette pièce, mais même ça, ne m’aurait pas permis une telle précision.

Lorsque tu écris des choses, c’est aussi parce que ce sont des sujets que tu as en toi depuis longtemps, des choses qui se sont reproduites, des choses qui réapparaissent en permanence, alors qu’en photo, tu peux photographier un truc qui va se pointer sous ton nez, qui n’existait pas une minute avant, dont tu ignorais l’existence : une personne, la clarté d’une lumière. Il n’y a pas besoin que cela se reproduise à l’infini pour que tu en réalises l’intérêt de le photographier.

Tes photographies ont donné lieu à plusieurs livres, à des expos à Philharmonie d’Arles, à la galerie Polka. As-tu aujourd’hui une nouvelle exposition en préparation, après ta tournée bien évidemment, un nouveau livre ?

Non, ça pourrait se faire en même temps. Après, je vais sortir un bouquin chez Seger, qui va reprendre beaucoup ce que j’ai publié sur Instagram depuis dix ans. C’est une sélection que j’ai faite.

J’ai beaucoup posté. Et c’est beaucoup par Instagram que j’ai pu faire exister mes photos, et notamment rencontrer la galerie Polka dont tu parlais. Et c’est un boulot que j’ai pris très au sérieux. On pourrait penser : « tiens, c’est marrant, c’est juste un réseau social ». Mais en fait non, moi j’ai toujours essayé d’utiliser le médium pour dire des choses, pour faire des textes assez longs parfois, pour célébrer. C’est quand même une idée qui compte beaucoup pour moi dans ce que je fais en chanson et dans tous les domaines : la célébration, c’est-à-dire la célébration des choses, des êtres.

On traverse une époque compliquée : il y a plein de trucs qui clochent. Je fais attention quand même de ne pas me faire dégommer toutes mes énergies et de garder la présence d’esprit de célébrer aussi tout ce qui est beau, les personnes qui sont de bonnes personnes, les gens qui comptent pour moi, pour nous. Et le dernier album va dans ce sens, c’est le spectacle aussi.

La Fresque, ton dernier album, celui de la tournée, rassemble, à l’écoute, des visages, des souvenirs, des amis, des amours, des absents, toutes les personnes qui constituent une vie en fait. Qu’est-ce que vous aimeriez qu’on garde de cet album ? Qu’est-ce que vous avez voulu exprimer à travers lui ?

En fait, quand tu écris des chansons, tu joues aussi sur une déformation des intentions, c’est-à-dire que tu as une idée de départ, mais après, le plaisir, c’est que les gens s’en emparent. Des fois, tu dis des trucs et après coup tu te rends compte que « ce n’était pas du tout ça que j’avais en tête, mais pourquoi pas ? » Je n’ai jamais une vision précise de ce que j’aimerais qu’on pense. J’ai juste envie que les gens soient touchés. C’est sûr que d’une manière générale, je ne cherche rien d’autre que ça. Je ne cherche pas avec mes chansons à ce que les gens se mettent à danser en montant sur la table.

Je suis vraiment toujours sur un territoire émotionnel. Donc évidemment, il y a plusieurs manières d’être touché, plusieurs raisons pour lesquelles tu peux être touché, par des chansons différentes, par des aspects différents de ce disque. Mais c’est quand même ça.

Mais si je devais quand même répondre à ta question, je dirais que j’attends que les gens soient émus. Pas par tout l’album nécessairement mais, en tout cas, par certains passages et oui, que ça les touche. « Touchant » est un adjectif qui compte pour moi.

Pardon les sentiments (Youtube)

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