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Elodie Guegand, une artiste pop-artisée

De la matière brute aux couleurs vives, Élodie Guegand a construit un univers nourri par le Street art, le Pop Art, la culture populaire et l’expérimentation. L’artiste m’a accueilli chez elle, dans le cadre d’une exposition qui lui sera consacrée du 22 octobre au 21 novembre sur le mur rouge de la mairie de Sceaux.

Lorsqu’on pénètre dans le salon d’Elodie Guegand, ses réalisations chatoyantes décorent littéralement l’espace. Dans son salon, le Pop Art explose de partout.

L’art comme vocation précoce

Mais bien avant ces toiles de jute, ces marqueurs colorés et ces figures issues de la culture populaire, l’artiste tirait son inspiration de la matière brute.

Issue d’une famille de médecins, ses parents observent son attrait pour l’art plastique et lui réservent, dans la maison familiale, une pièce qui lui permet de jouir d’un espace de liberté où se dessine, sans encore se nommer, une vocation.

Alors que son père prépare un ouvrage médical sur l’alimentation et le surpoids chez les enfants au titre évocateur : « Manger ou sourire, pourquoi choisir », il lui propose de se charger de l’illustration. Élodie s’investit avec sérieux dans cette première mission artistique en dessinant des fruits et des légumes.
À la même époque, un jeu de construction offert l’invite à imaginer sa propre maison. Le geste, l’assemblage et le plaisir de transformer la matière s’installent durablement dans sa pratique.
C’est bien plus tard qu’elle décrochera une maîtrise en arts plastiques dans le centre Saint-Charles qui dépend de la Sorbonne. Pendant ce cursus universitaire qu’elle y développera une liberté créative et approfondira son intérêt pour la matière. Le parcours confirme ainsi l’intuition de ses parents.

Changer de vie pour créer

En 2013 Elodie est victime d’un burn-out dans le cadre d’une activité professionnelle qui l’étouffe. Elle comprend alors que cette vie ne lui correspond plus. Elle choisit de se recentrer sur ce qui l’anime réellement : la création. Son engagement artistique est total et lui ouvre la voie à une nouvelle existence.

Photo LGdS

Elle découvre le Street art et s’enthousiasme pour les fresques, les pochoirs et les murs maquillés du quartier de la Butte-aux-Cailles, à Paris. Elle découvre les fresques de Miss.Tic.
Mais ce qui l’attire n’est pas seulement la créativité, le message laissé par ces artistes d’un soir, mais avant tout le support : les aspérités, les déchirures, ces couches successives dont les traces s’estompent au fil du temps. Elle s’en empare et apprend à jouer avec ces irrégularités plutôt qu’à les effacer, jusqu’à les intégrer pleinement à l’œuvre.

De la rouille à la couleur

Cette fascination pour les surfaces la conduit à mettre au point un procédé permettant de faire rouiller la toile elle-même. De nombreux essais sont nécessaires pour obtenir le rendu précis qu’elle recherche et retrouver, dans la rouille, les nuances bleues et vertes des patines du cuivre et du laiton. Cette expérimentation lui vaut, en 2019, une médaille de l’Académie des arts, sciences et lettres.

Elle marque aussi une étape importante dans son évolution : longtemps monochrome, son travail s’ouvre progressivement à des compositions plus lumineuses et colorées : Le Pop Art prolonge alors son exploration du Street art.

Elle puise son univers visuel dans une culture populaire profondément ancrée dans l’enfance : Goldorak, Tintin, Astro Boy, Calimero ou encore Scooby-Doo. Les comics, elle les découvrira plus tard. Ces références s’inscrivent dans ses œuvres sans nostalgie. Elles cartonnent, brillent avec facétie et paraissent familières au visiteur qui les découvre.

Une pratique entre numérique et geste

Aujourd’hui, Élodie Guegand commence ses compositions sur ordinateur. Elle assemble les images, construit les fonds, les transpose ensuite sur de la toile de jute, à l’aide de marqueurs Posca, avant de fixer la toile sur un châssis et de la vernir.
Cette méthode associe la précision numérique à un travail manuel très minutieux. L’image se construit par couches, dans un équilibre entre maîtrise et accident.

Son parcours s’est nourri d’expositions aux formats variés : la Biennale Hors Normes de Lyon, la Manufacture des Œillets à Ivry-sur-Seine ou encore la galerie Thuillier, dans le Marais. L’année dernière, elle exposait à Tokyo à la Galerie Kubota.

À Sceaux, où elle rejoint les artistes professionnels en 2023, les portes des ateliers lui sont toujours ouvertes et lui offrent une nouvelle visibilité. Comme elle ne dispose pas d’atelier, son appartement lui tient lieu d’exposition. Ses installations séduisent les visiteurs et attirent l’attention de la municipalité.

Invitée à présenter son travail au mur rouge de la mairie de Sceaux, l’artiste propose de découvrir une série cohérente de ses dernières créations. Le Pop Art retrouve des couleurs à travers des icônes populaires de la bande dessinée et du rock.

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