Avant de parler dans un article prochain des conséquences sur le nombre de classes dans nos écoles, essayons d’éclairer l’évolution de la natalité. En France, le nombre de naissances annuelles a baissé de 22% en 10 ans. Si cette évolution s’observe dans de nombreux autres pays dans le monde, elle ne peut s’expliquer par des raisons purement françaises. L’examen des évolutions dans d’autres pays est donc une manière de mieux comprendre ce qui se passe chez nous.
Fécondité dans le monde
La dénatalité en France est-elle le reflet d’une baisse de la natalité dans le monde ? L’ONU nous offre des données et des prévisions sur le sujet, par pays et groupe de pays. On y trouve le graphique ci-contre qui montre l’évolution de l’indicateur de fécondité (nombre d’enfants par femme) dans le monde (il s’agit de prévisions à partir de 2025). La baisse de la fécondité est régulière de 1970 à 2000, mais elle ralentit nettement de 2000 à 2015 avant de retrouver la vitesse précédente après cette date. Ces deux changements successifs dans la courbe renvoient à des phénomènes que la France a connu dans les mêmes périodes, avec d’abord une augmentation du nombre de naissances jusqu’en 2010 puis une baisse rapide depuis 2015.
L’Afrique
Examinons ce qui se passe en Afrique sur la même période.
La baisse de la fécondité en Afrique se réalise à peu près comme dans le reste du monde, de 1980 à 2000 : simplement le continent africain part de plus haut et sa baisse commence un peu plus tard. On observe là aussi un ralentissement de la baisse vers 2005-2015 alors qu’elle s’accélère au contraire depuis. On peut voir l’Afrique comme un continent ayant une forte croissance démographique ou un continent dont le taux de natalité baisse rapidement : les deux sont vrais.
France et Europe
En France et en Europe, là où la fécondité est déjà descendue en dessous de 2 enfants par femme, on assiste au début des années 2000 et jusque vers 2010 (ou 2015 selon les pays) à un sursaut de fécondité. Mais il n’y a qu’en France quelle atteint provisoirement 2. La chute est nette depuis 2020, dans toute l’Europe.
La Chine maintenant
Regardons d’abord la courbe verte qui représente l’ensemble de l’Asie sur le graphique avant de se concentrer sur la Chine. La baisse est forte à partir de 1970 à peu près et on voit là aussi une stabilisation dans les années 2005-2015 avant une rechute après cette dernière date.

La courbe est plus heurtée pour la Chine (et l’Asie de l’Est dans laquelle la Chine pèse beaucoup). Avec une stabilisation entre 1975 et 1990 que l’on ne retrouve pas ailleurs. Cela s’explique en partie par les anomalies (creux et bosses) de la pyramide des âges chinoise (ici de 2020) :
A partir de 2000 l’indice de fécondité semble augmenter (en partie en raison des particularités de la pyramide des âges) avant de littéralement s’effondrer depuis 10 ans.
Le graphique de la Chine compte une information sur les prévisions de l’ONU : le taux de fécondité qui se trouve vers 2024 à environ 1 enfant par femme se met ensuite à remonter très progressivement jusque 2100. On retrouve ce type de prévision (retour vers 2) dans tous les pays où le taux de fécondité se situe en dessous de 2.
Type de transition et exemple allemand
Les prévisionnistes de l’ONU se tiennent pour l’instant dans la perspective de la transition démographique telle qu’imaginée jusque-là, celle qui se traduit par un équilibre entre faible natalité et faible mortalité. Dans cette logique, le passage par une fécondité inférieure à 2 est temporaire et donc corrigé dans le temps. Mais les faits valident-ils cette hypothèse ? L’exemple de l’Allemagne permet d’en douter.

Au début des années 70 (il y a déjà plus de 50 ans donc), la fécondité descend nettement en dessous de 2 et même de 1,5 enfant par femme pour se stabiliser autour de 1,3 dans les années 2000. Puis on observe une remontée jusque vers 2020, une remontée qui coïncide avec un épisode mondial de ralentissement de la baisse de la fécondité. Cette remontée (que l’on retrouve dans d’autres pays) peut justifier la pratique des prévisionnistes d’anticiper un retour autour de 2. Les dernières années, depuis 2020, montrent au contraire une nouvelle baisse. Cette situation, constatée dans d’autres pays, conduit les démographes de l’INED à envisager ce qu’ils appellent la deuxième transition démographique, avec une fécondité durablement inférieure à 2 dans de nombreuses parties du monde. On notera que la prévision de l’ONU pour 2050, avec une fécondité qui se situe dans une fourchette de 1 à 2, laisse en fait la possibilité de scénarios très divers. Cela conduit à une population comprise entre 45 et 110 millions d’habitants en 2100 !
Corée du Sud
Mais c’est la Corée du Sud qui illustre le mieux ce qui pourrait être cette deuxième transition. On retrouve sur le graphique la fécondité qui descend progressivement de 6 enfants par femme en 1950 à moins de 2 vers 1985, qui semble se stabiliser un peu au-dessus de 1 dans les années 2010 et qui rechute depuis 10 ans pour atteindre aujourd’hui 0,7 ! Les prévisionnistes de l’ONU imaginent une remontée, mais sans espérer plus de 1,4 en 2100. La population de la Corée vient de commencer à baisser, mais pourrait très fortement diminuer dans les prochaines décennies. C’est peut -être ce qui attend d’autres contrées dans les prochaines décennies, en Europe, en Asie du Sud-est certainement, mais probablement aussi dans d’autres parties de l’Asie et dans les deux Amériques. L’Afrique est encore dans la première transition : le taux de fécondité continuera à baisser rapidement, mais devrait être encore supérieur à 2,5 en 2050. Il est difficile de faire des prévisions précises avec ce constat : la population en 2100 est entre 10 et 53 millions d’habitants !

On retiendra de cette analyse que les évolutions de natalité en France sont relativement corrélées à celles d’une grande partie du reste du monde et qu’il y a de sérieuses raisons de penser que nous entrons dans une deuxième transition démographique qui se traduira, à plus ou moins long terme, dans de nombreuses régions du monde, par une réduction de la population, une réduction qui pourrait à terme être rapide.
Pourquoi la baisse ?
Observer la baisse récente de la natalité en France sans regarder ce qui se passe dans les autres pays peut conduire à prendre en considérations des événements purement français, par exemple à propos des crèches, des allocations familiales ou du la crise du logement en Ile de France. Mais si le phénomène est largement mondial, il faut chercher ailleurs.
Qu’est ce qui dans l’évolution du rôle attendu des femmes et des hommes, dans les valeurs, les peurs et les espérances portées par le monde culturel ou les réseaux sociaux, des éléments qui dépassent largement le cadre national, conduit à regarder autrement la reproduction, la place des parents ou des enfants ?







