{"id":46348,"date":"2026-06-18T08:30:23","date_gmt":"2026-06-18T06:30:23","guid":{"rendered":"https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/?p=46348"},"modified":"2026-06-17T17:16:30","modified_gmt":"2026-06-17T15:16:30","slug":"avec-marc-jeancourt-directeur-de-la-programmation-de-lazimut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/index.php\/2026\/06\/18\/avec-marc-jeancourt-directeur-de-la-programmation-de-lazimut\/","title":{"rendered":"Avec Marc Jeancourt, directeur de la programmation de L\u2019Azimut"},"content":{"rendered":"\n<p>Marc Jeancourt codirige avec Delphine Lagrandeur L\u2019Azimut qui regroupe le Th\u00e9\u00e2tre La Piscine avec sa salle de concert Le P\u00e9diluve \u00e0 Ch\u00e2tenay-Malabry, le Th\u00e9\u00e2tre Firmin-G\u00e9mier \/ Patrick Devedjian et l\u2019Espace Cirque \u00e0 Antony. Son projet artistique repose sur une conviction forte : faire du th\u00e9\u00e2tre un lieu ouvert, vivant et pleinement ancr\u00e9 dans la cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019entretien fleuve qu\u2019il nous a accord\u00e9, de fait un dialogue, il expose sa r\u00e9flexion sur la programmation th\u00e9\u00e2trale avec une profondeur et une intensit\u00e9 rares. A travers son travail et son exp\u00e9rience, se d\u00e9couvrent sa vision du m\u00e9tier, ses envies, ses aspirations et sa mani\u00e8re d\u2019envisager l\u2019avenir du spectacle vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Marc Jeancourt, form\u00e9 aux sciences sociales et \u00e0 l\u2019histoire contemporaine avant de se tourner vers le th\u00e9\u00e2tre, d\u00e9fend une conception du spectacle vivant comme espace de rencontre, de partage et d\u2019ouverture. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, il fonde la Tourn\u00e9e Oc\u00e9ane, un projet itin\u00e9rant qui fait voyager le th\u00e9\u00e2tre, la danse et le cirque vers des publics parfois \u00e9loign\u00e9s des lieux culturels traditionnels. Cette exp\u00e9rience affirme durablement son engagement en faveur d\u2019une culture accessible \u00e0 tous.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2000, il prend la direction du Th\u00e9\u00e2tre Firmin G\u00e9mier \u00e0 Antony. Il y d\u00e9veloppe une programmation ambitieuse, m\u00ealant cr\u00e9ation contemporaine, artistes \u00e9mergents et grandes figures de la sc\u00e8ne. Il contribue \u00e9galement \u00e0 l\u2019essor du cirque contemporain et \u00e0 la mise en place de nouveaux rendez-vous culturels sur le territoire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pierre Bozzonne. Apr\u00e8s plus de 20 ans \u00e0 la t\u00eate de structures culturelles, comment votre vision de la programmation th\u00e9\u00e2trale a-t elle \u00e9volu\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Marc Jeancourt.<\/strong> C\u2019est vrai que je ne suis plus tout \u00e0 fait un perdreau de l\u2019ann\u00e9e, et en m\u00eame temps, le temps passe \u00e0 une vitesse folle. En plus de vingt ans \u00e0 la t\u00eate de structures culturelles, j\u2019ai vu des transformations tr\u00e8s fortes, qui tiennent, \u00e0 mes yeux, \u00e0 deux grands moteurs. Le premier, c\u2019est l\u2019\u00e9volution du projet lui-m\u00eame, que je porte depuis 2000 et que je codirige aujourd\u2019hui avec Delphine Lagrandeur.<br>Le projet a beaucoup grandi : on est pass\u00e9s d\u2019une seule ville, Antony, \u00e0 deux villes, Antony et Ch\u00e2tenay ; d\u2019un th\u00e9\u00e2tre \u00e0 trois lieux d\u2019exploitation ; et on a aussi d\u00e9velopp\u00e9 le cirque sous chapiteau.<br>Les villes, elles aussi, ont chang\u00e9 : la population a augment\u00e9, les \u00e9quilibres sociologiques ont \u00e9volu\u00e9. Il y a toujours une vraie mixit\u00e9, mais sans doute un peu moins qu\u2019il y a vingt ou vingt-cinq ans.<br>Forc\u00e9ment, la programmation a d\u00fb \u00e9voluer avec cette croissance, avec les \u00e9quipements que nous g\u00e9rons aujourd\u2019hui, mais aussi avec le label de P\u00f4le national, qui ouvre d\u2019autres perspectives. Le deuxi\u00e8me moteur, c\u2019est l\u2019\u00e9volution de la cr\u00e9ation artistique elle-m\u00eame, qui a profond\u00e9ment chang\u00e9 en vingt-cinq ans. Un programmateur, au fond, travaille \u00e0 partir de ce que les artistes proposent.<br>Nous ne cr\u00e9ons pas les \u0153uvres : nous faisons des choix, comme un \u00e9diteur parmi des manuscrits, pour essayer de donner une coh\u00e9rence \u00e0 une saison. Et ce qu\u2019on a vu \u00e9merger, d\u2019abord, c\u2019est la pluridisciplinarit\u00e9.<br>\u00c0 une \u00e9poque, le th\u00e9\u00e2tre occupait presque tout l\u2019espace. Aujourd\u2019hui, il partage la place avec le cirque, la marionnette, la danse, la musique, les formes pour la jeunesse, la performance, des propositions plus festives aussi. Et ce n\u2019est pas propre \u00e0 notre structure : c\u2019est vrai pour l\u2019ensemble des sc\u00e8nes g\u00e9n\u00e9ralistes. Le th\u00e9\u00e2tre lui-m\u00eame a aussi beaucoup chang\u00e9.<br>Quand j\u2019ai commenc\u00e9, les metteurs en sc\u00e8ne arrivaient le plus souvent avec un texte. Aujourd\u2019hui, beaucoup d\u2019artistes arrivent d\u2019abord avec un sujet, une question, un point de d\u00e9part. Cela peut \u00eatre une histoire familiale, un \u00e9pisode historique, un roman, un film jamais tourn\u00e9\u2026 \u00c0 partir de l\u00e0, ils inventent une forme qui m\u00eale du texte, bien s\u00fbr, mais aussi de la vid\u00e9o, du mouvement et d\u2019autres langages.<br>Sous l\u2019effet des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations, de la f\u00e9minisation du secteur, de l\u2019influence des s\u00e9ries et, plus largement, des transformations de la soci\u00e9t\u00e9, les formes th\u00e9\u00e2trales ont beaucoup \u00e9volu\u00e9. Il y a toujours des artistes qui montent des textes, y compris des classiques, et j\u2019y tiens beaucoup : je veux qu\u2019il y en ait chaque ann\u00e9e dans la programmation. Mais le paysage a clairement chang\u00e9. On pourrait faire un constat assez proche pour la danse, et plus encore pour le cirque contemporain, dont l\u2019histoire est plus r\u00e9cente. Donc oui, pour r\u00e9sumer, l\u2019\u00e9volution de la programmation s\u2019explique \u00e0 la fois par la croissance de notre projet et par les transformations profondes du secteur et de la cr\u00e9ation artistique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et cette pluridisciplinarit\u00e9, vous a-t-elle \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e de l&rsquo;ext\u00e9rieur ou cet \u00e9tat de fait s&rsquo;est-il impos\u00e9 naturellement \u00e0 vous ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est plut\u00f4t moi qui ai fait entrer cette pluridisciplinarit\u00e9. Quand j\u2019ai pris la direction, la tradition voulait que le directeur soit aussi metteur en sc\u00e8ne. Le th\u00e9\u00e2tre Firmin G\u00e9mier, cr\u00e9\u00e9 en 1967 dans une ancienne halle de march\u00e9 transform\u00e9e en salle, avait \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 avec beaucoup d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9, malgr\u00e9 des moyens modestes. Historiquement, il \u00e9tait dirig\u00e9 par des hommes de th\u00e9\u00e2tre, et la programmation restait tr\u00e8s largement centr\u00e9e sur le th\u00e9\u00e2tre. Il y avait bien un peu de danse, mais le plateau \u00e9tait tr\u00e8s contraint, avec seulement quatre m\u00e8tres sous perche, ce qui limitait fortement les possibilit\u00e9s. Moi, je viens du th\u00e9\u00e2tre et du texte, bien s\u00fbr, mais j\u2019ai aussi \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s sensible \u00e0 ce qui se passait dans les autres disciplines, \u00e0 commencer par le cirque. D\u00e8s mon arriv\u00e9e, j\u2019ai donc d\u00e9fendu une pluridisciplinarit\u00e9 plus affirm\u00e9e, notamment \u00e0 travers le festival Solstice, qui n\u2019\u00e9tait pas, \u00e0 ses d\u00e9buts, consacr\u00e9 uniquement au cirque, mais vraiment ouvert \u00e0 plusieurs formes artistiques. Ensuite, cette ouverture n\u2019a fait que se renforcer, tout en conservant une dominante th\u00e9\u00e2trale, puis une place importante pour le cirque, et d\u2019une certaine mani\u00e8re pour la musique aussi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous en \u00eates satisfait ou trouvez-vous cela plus complexe \u00e0 b\u00e2tir en termes de programmation ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour le public, je trouve \u00e7a tr\u00e8s stimulant. Et pour moi aussi, en termes de programmation, c\u2019est assez r\u00e9jouissant, parce que \u00e7a m\u2019emm\u00e8ne vers des univers tr\u00e8s diff\u00e9rents : des esth\u00e9tiques, bien s\u00fbr, mais aussi des \u00e9critures, des genres, des rapports au corps, des mani\u00e8res de faire tr\u00e8s diverses. En revanche, c\u2019est aussi plus complexe. Le secteur a connu une croissance \u00e9norme du nombre de compagnies, dans le th\u00e9\u00e2tre, la musique, la danse, et au fond partout. R\u00e9sultat : on est \u00e9norm\u00e9ment sollicit\u00e9s. Je re\u00e7ois en moyenne 110 mails par jour, et une bonne moiti\u00e9 concerne des propositions artistiques. \u00c9videmment, cela ne veut pas dire qu\u2019il y a 50 nouveaux projets chaque jour, parce que les informations reviennent souvent plusieurs fois. Mais comme nous ne sommes ni une toute petite structure ni un tr\u00e8s gros th\u00e9\u00e2tre, et qu\u2019en plus nous sommes pluridisciplinaires, nous recevons des sollicitations de presque tous les horizons. Cela rend forc\u00e9ment le travail plus difficile, parce qu\u2019il faut sans cesse rester ouvert \u00e0 de nouveaux artistes. Et ce n\u2019est pas si simple, parce que je suis quelqu\u2019un d\u2019assez fid\u00e8le par nature. Un jour, il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, un r\u00e9gisseur g\u00e9n\u00e9ral du th\u00e9\u00e2tre m\u2019a dit une phrase qui m\u2019est rest\u00e9e&nbsp;: \u00ab <em>Marc, tu vas vieillir avec les artistes.<\/em> \u00bb Sur le moment, \u00e7a m\u2019a piqu\u00e9, mais il m\u2019a rendu un immense service. Il m\u2019a fait comprendre qu\u2019il fallait&nbsp; rester attentif au renouvellement, et ne pas avancer toujours avec les m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il fallait d\u00e9nicher les jeunes talents, \u00eatre toujours \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Exactement. Il faut apprendre \u00e0 \u00eatre un peu infid\u00e8le et ce n\u2019est pas simple. Il faut \u00e0 la fois savoir rester fid\u00e8le \u00e0 des artistes qu\u2019on aime, avec qui on a construit une relation et une vraie complicit\u00e9, et en m\u00eame temps savoir leur dire non. M\u00eame quand leur nouveau projet para\u00eet tr\u00e8s s\u00e9duisant, il faut parfois renoncer pour continuer \u00e0 se renouveler.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La m\u00e9taphore est-elle celle du r\u00e9alisateur, du metteur en sc\u00e8ne avec son acteur f\u00e9tiche&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, compl\u00e8tement. Il peut avoir construit une tr\u00e8s belle histoire avec un acteur ou une actrice, et malgr\u00e9 tout avoir besoin de se renouveler, en allant vers d\u2019autres interpr\u00e8tes. Je vous rejoins tout \u00e0 fait l\u00e0-dessus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous avez \u00e0 la fois une exp\u00e9rience de directeur, de programmateur, de com\u00e9dien. En quoi le regard de l\u2019acteur, influence-t-il vos choix artistiques ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi, c\u2019est essentiel. Bien s\u00fbr, le projet compte, mais ce qui m\u2019importe avant tout, c\u2019est la qualit\u00e9 de la repr\u00e9sentation, ce qui se passe au pr\u00e9sent entre la sc\u00e8ne et la salle. Le temps de l\u2019acteur, c\u2019est le temps du pr\u00e9sent, et c\u2019est cela qui me touche le plus. Comme je vois beaucoup de spectacles quand je ne joue pas, il m\u2019arrive d\u2019\u00eatre saisi par une repr\u00e9sentation, m\u00eame si, sur le papier, le projet ne m\u2019avait pas particuli\u00e8rement frapp\u00e9. Et \u00e0 l\u2019inverse, un projet tr\u00e8s s\u00e9duisant peut ne rien produire sur sc\u00e8ne. Peter Brook disait qu\u2019un bon spectacle, c\u2019est quand il y a beaucoup de vie qui circule entre la sc\u00e8ne et la salle. Je me reconnais compl\u00e8tement dans cette d\u00e9finition. \u00catre acteur compte aussi dans ma mani\u00e8re de diriger le th\u00e9\u00e2tre. J\u2019essaie de le diriger comme un acteur, et d\u2019\u00e9viter de jouer comme un directeur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au quotidien y parvenez-vous facilement dans la mission&nbsp;qui est la v\u00f4tre ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019essaie de garder cette proximit\u00e9 avec le plateau. \u00c7a m\u2019aide beaucoup, \u00e0 la fois dans la mani\u00e8re dont on accueille les artistes et dans l\u2019attention que je porte, avec l\u2019\u00e9quipe, \u00e0 des d\u00e9tails parfois tr\u00e8s concrets. Il arrive qu\u2019on prenne certaines demandes d\u2019artistes pour des caprices, et parfois c\u2019en est. Mais il y a aussi des demandes qui peuvent sembler mineures et qui sont en r\u00e9alit\u00e9 importantes pour qu\u2019un artiste se sente bien. Dans ces cas-l\u00e0, je pense qu\u2019on a tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 y r\u00e9pondre. Ce sont souvent de petites choses, mais elles comptent vraiment.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment statuez-vous sur votre s\u00e9lection annuelle&nbsp;? Comment l\u2019\u00e9laborez-vous&nbsp;? Cette s\u00e9lection se fait-elle en \u00e9quipe&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La programmation se construit de plus en plus en \u00e9quipe, d\u2019abord parce qu\u2019elle est d\u00e9sormais partag\u00e9e \u00e0 deux. Delphine s\u2019occupe de la jeunesse, ce qui repr\u00e9sente d\u00e9j\u00e0 un volume important de spectacles, et nous programmons ensemble le cirque. Sur le reste, nous \u00e9changeons beaucoup tous les deux, mais aussi en CODIR, c\u2019est-\u00e0-dire en comit\u00e9 de direction.<br>Ensuite, au moment de trancher, j\u2019ai le dernier mot sur la programmation g\u00e9n\u00e9rale, et Delphine sur la jeunesse. On partage beaucoup nos id\u00e9es, nos envies, nos intuitions, mais je pense qu\u2019il serait un peu illusoire de vouloir collectiviser enti\u00e8rement les choix si l\u2019on veut garder une ligne et une coh\u00e9rence d\u2019ensemble. Il y a aussi des appuis ext\u00e9rieurs.<br>Pour la danse, par exemple, je travaille avec une conseill\u00e8re en programmation, parce qu\u2019on programme tout de m\u00eame autour de huit spectacles par an, et que je n\u2019ai pas le temps d\u2019\u00eatre suffisamment pr\u00e9sent dans tous les r\u00e9seaux pour conna\u00eetre de pr\u00e8s les chor\u00e9graphes et leurs projets. Elle attire donc mon attention sur certaines propositions, et nous \u00e9changeons en amont sur ce qu\u2019il faut aller voir et sur l\u2019\u00e9quilibre que nous cherchons. Pour le th\u00e9\u00e2tre, en revanche, je travaille plut\u00f4t seul. Cela dit, je m\u2019appuie aussi beaucoup sur l\u2019\u00e9quipe de direction. J\u2019ai la chance d\u2019\u00eatre entour\u00e9 de personnes qui, malgr\u00e9 une activit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s dense, trouvent encore le temps de sortir voir des spectacles et de me dire : \u00ab Marc, il faut absolument que tu voies \u00e7a. \u00bb Et j\u2019y suis tr\u00e8s attentif. Car au fond, la vraie question, c\u2019est aussi celle-l\u00e0 : comment choisir ce que je vais voir ? Qu\u2019est-ce qui fait rep\u00e8re pour moi ? Il y a plusieurs choses. D\u2019abord, la fid\u00e9lit\u00e9, parce qu\u2019\u00e0 force d\u2019ann\u00e9es pass\u00e9es au th\u00e9\u00e2tre, on finit par conna\u00eetre un certain nombre d\u2019artistes et \u00e0 se construire des rep\u00e8res. Ensuite, il y a la presse, ou plus exactement certains articles, certaines signatures, qui peuvent aussi orienter mon attention.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelle presse par exemple ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je sais, par exemple, que je me retrouve souvent dans les critiques de Fabienne Pascaud dans <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>, et aussi dans celles de Jo\u00eblle Gayot.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Humanit\u00e9 a \u00e9galement une tr\u00e8s bonne page culturelle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, tout \u00e0 fait. Il y a aussi certains critiques que je suivais de temps en temps, comme Armel \u00c9liot. Et puis il y a beaucoup les coll\u00e8gues, le r\u00e9seau, les autres lieux. Quand quelqu\u2019un me dit : \u00ab J\u2019ai vu ce spectacle, il faut vraiment que tu y ailles \u00bb ou \u00ab Je l\u2019ai programm\u00e9 l\u2019an dernier, \u00e7a a tr\u00e8s bien march\u00e9 \u00bb, j\u2019y pr\u00eate attention. De la m\u00eame fa\u00e7on, si un th\u00e9\u00e2tre dont je respecte le travail programme un artiste que je ne connais pas, je me dis que cela vaut sans doute le coup d\u2019aller voir. Au fond, il faut rester extr\u00eamement poreux \u00e0 tout ce qui se passe, et savoir saisir les signaux int\u00e9ressants quand ils se pr\u00e9sentent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C&rsquo;est chronophage, mais c&rsquo;est vrai que ce n&rsquo;est pas possible de faire autrement.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a tellement de propositions qu\u2019il faut rester en \u00e9veil en permanence, sans paniquer quand on en rate certaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi, un bon directeur \u2014 ou une bonne directrice \u2014, c\u2019est quelqu\u2019un capable, presque du jour au lendemain, de faire 600 kilom\u00e8tres aller, puis 600 kilom\u00e8tres retour, pour d\u00e9couvrir un spectacle dans une salle inconnue, simplement parce qu\u2019il y a l\u00e0 une vraie promesse artistique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Selon vous, quel r\u00f4le un th\u00e9\u00e2tre public doit-il jouer aujourd&rsquo;hui dans la vie d&rsquo;un territoire et aupr\u00e8s de ses habitants ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est central, et je pense que cela va devenir encore plus d\u00e9terminant, au vu de la polarisation de la vie politique et citoyenne. Nous nous inscrivons pleinement dans les grandes valeurs du service public de la culture, et pour nous, c\u2019est absolument fondamental. Nous voulons \u00eatre un th\u00e9\u00e2tre ancr\u00e9 dans son territoire, qui s\u2019adresse d\u2019abord \u00e0 celles et ceux qui vivent \u00e0 proximit\u00e9 \u2014 les habitants d\u2019Antony, de Ch\u00e2tenay et des villes voisines \u2014 tout en restant ouvert \u00e0 tous. Nous voulons aussi participer \u00e0 la construction des personnes d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge. C\u2019est pourquoi l\u2019action artistique et culturelle, comme l\u2019\u00e9ducation artistique et culturelle, occupent une place centrale dans notre projet. Nous avons d\u2019ailleurs de tr\u00e8s nombreux partenariats avec les \u00e9tablissements scolaires, de la maternelle jusqu\u2019\u00e0 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. Nous sommes convaincus que l\u2019offre artistique \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse de lecture, de cin\u00e9ma ou, pour nous, de spectacle vivant \u2014 joue un r\u00f4le essentiel dans la construction de la personne, et donc du citoyen. Enfin, nous estimons avoir une responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re, et c\u2019est aussi pour cela que nous sommes subventionn\u00e9s : permettre au plus grand nombre d\u2019acc\u00e9der aux \u0153uvres gr\u00e2ce \u00e0 des tarifs de service public, et proposer aux habitants d\u2019autres imaginaires que ceux v\u00e9hicul\u00e9s par la t\u00e9l\u00e9vision, les r\u00e9cits journalistiques, politiques ou les r\u00e9seaux sociaux. Non pas pour dire que l\u2019art vaut \u00ab mieux \u00bb que le reste, mais parce qu\u2019il offre un autre regard : plus critique, plus po\u00e9tique, plus humain, plus profond. En cela, il constitue une v\u00e9ritable alternative, ou au moins un pas de c\u00f4t\u00e9, face \u00e0 l\u2019offre m\u00e9diatique et num\u00e9rique qui nous entoure.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et fort de votre r\u00e9ponse l\u00e0, est-ce que vous cherchez \u00e0 d\u00e9fendre une ligne artistique particuli\u00e8re?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je dirais que notre ligne artistique repose d\u2019abord sur une ouverture large. Ce n\u2019est peut-\u00eatre pas la r\u00e9ponse la plus attendue, mais je crois davantage \u00e0 une programmation accueillante qu\u2019\u00e0 la d\u00e9fense d\u2019un propos unique. Ce qui compte, au fond, c\u2019est la diversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En vous posant cette question, je pensais \u00e0 ce qu\u2019on pourrait appeler une exigence culturelle plus pointue, qui ne viserait pas forc\u00e9ment un public tr\u00e8s large. Or, \u00e0 vous entendre, il semble que vous d\u00e9fendiez au contraire une proposition beaucoup plus ouverte, tourn\u00e9e vers le plus grand nombre. C\u2019est bien cela ?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Absolument, mais cela ne veut pas dire que chaque spectacle, pris isol\u00e9ment, puisse r\u00e9pondre \u00e0 lui seul \u00e0 cette ambition. Je crois au contraire qu\u2019on n\u2019atteint cet objectif que par la diversit\u00e9 des propositions. Dans une saison, certains spectacles seront plus exigeants, d\u2019autres plus accessibles, et les plus rares \u2014 les plus pr\u00e9cieux aussi \u2014 r\u00e9ussiront \u00e0 r\u00e9unir les deux. Cela existe, heureusement, et nous en avons chaque ann\u00e9e quelques exemples. Pour reprendre une image venue du cin\u00e9ma, ce sont les \u0153uvres \u00e0 la Chaplin : elles parlent \u00e0 tous les \u00e2ges tout en gardant une profondeur extraordinaire. Au fond, c\u2019est ainsi que je pense la programmation. Elle ressemble \u00e0 une biblioth\u00e8que : certains livres sortent presque toute l\u2019ann\u00e9e, d\u2019autres, comme un recueil de po\u00e9sie, ne seront emprunt\u00e9s que de temps en temps. Mais leur pr\u00e9sence reste indispensable. C\u2019est exactement comme cela que je con\u00e7ois une saison.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour poursuivre sur la programmation, quel bilan tirez-vous de la saison 2025-2026&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le bilan est tr\u00e8s bon : nous atteignons un taux de fr\u00e9quentation de 84&nbsp;%, ce qui nous r\u00e9jouit vraiment. Apr\u00e8s, je pourrais vous en parler pendant des heures.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019imagine qu\u2019en fin de saison, vous faites aussi un bilan plus complet ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons notre assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale cette semaine, donc nous disposerons tr\u00e8s bient\u00f4t d\u2019un bilan chiffr\u00e9 complet.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au-del\u00e0 du d\u00e9tail des chiffres, avez-vous atteint vos objectifs. Le public a-t-il \u00e9t\u00e9 au rendez-vous&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, largement. Nous avons aussi vu progresser les adh\u00e9sions. Ce syst\u00e8me a remplac\u00e9 notre ancienne formule d\u2019abonnement&nbsp;: auparavant, on devenait abonn\u00e9 \u00e0 partir de trois spectacles. Depuis quatre ans, le public ach\u00e8te une carte d\u2019adh\u00e9sion qui ouvre droit \u00e0 des tarifs r\u00e9duits. Et cette formule fonctionne tr\u00e8s bien&nbsp;: nous avons presque retrouv\u00e9 le m\u00eame nombre d\u2019adh\u00e9rents que nous avions autrefois d\u2019abonn\u00e9s. Cela montre qu\u2019il existe une vraie envie de fid\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Oui, je comprends. Et je voudrais aussi vous f\u00e9liciter pour la programmation du P\u00e9diluve, que je trouve absolument exceptionnelle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un petit \u00e9crin pr\u00e9cieux. (<em>La sc\u00e8ne se pr\u00e9sente comme une coquille Saint-Jacques, pas plus de deux cents places. Comme un cirque antique.<\/em> NDLR)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Oui, absolument. D\u2019ailleurs, beaucoup d\u2019artistes que j\u2019ai interview\u00e9s ou rencontr\u00e9s sont ravis d\u2019y revenir, parce que le lieu se pr\u00eate tr\u00e8s bien \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation. L\u2019espace leur offre une grande proximit\u00e9 avec le public et leur permet de tester des choses, d\u2019essayer, de chercher. C\u2019est aussi ce qui fait tout son int\u00e9r\u00eat. <\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, on est un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, le public y est tr\u00e8s bienveillant, et les tarifs restent accessibles. Cela cr\u00e9e des conditions favorables pour tenter des choses.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cherchez-vous un \u00e9quilibre entre la programmation destin\u00e9e au public adulte et celle pour la jeunesse, m\u00eame si vous ne vous en occupez pas directement&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, bien s\u00fbr. Je distinguerais trois grandes cat\u00e9gories : le public adulte, le public jeunesse, et une troisi\u00e8me cat\u00e9gorie tr\u00e8s importante, celle du tout public ou du spectacle \u00e0 voir en famille. C\u2019est particuli\u00e8rement vrai pour le cirque : on peut y aller avec des enfants, avec des adolescents, et nous avons pas mal de propositions de ce type. Il y a donc, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des spectacles vraiment pens\u00e9s pour la jeunesse \u2014 m\u00eame si, en tant qu\u2019adulte, on peut aussi y prendre beaucoup de plaisir. Moi, par exemple, j\u2019adore ces formes destin\u00e9es aux tout-petits, o\u00f9 l\u2019on se retrouve en chaussettes, parfois \u00e0 quatre pattes sur un tapis, mais elles restent d\u2019abord con\u00e7ues pour les enfants. \u00c0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9, il y a des spectacles clairement destin\u00e9s aux adultes, ou \u00e0 partir du lyc\u00e9e, comme <em>La guerre n\u2019a pas un visage de femme<\/em> de Svetlana Alexievitch, mis en sc\u00e8ne l\u2019an prochain par Julie Deliquet. Et entre les deux, il y a les spectacles familiaux, comme <em>L\u2019\u00c9cole des femmes<\/em> de Moli\u00e8re, ou encore beaucoup de cirques sous chapiteau.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Oui, cela r\u00e9pondait en partie \u00e0 la question suivante&nbsp;: quels sont, selon vous, les principaux d\u00e9fis pour attirer de nouveaux spectateurs, notamment les jeunes&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est tr\u00e8s compliqu\u00e9. Pour moi, cela passe d\u2019abord par le travail men\u00e9 dans le milieu scolaire, mais aussi par ce que nous appelons des \u00ab&nbsp;actes fondateurs&nbsp;\u00bb. Au fond, si certains reviennent r\u00e9guli\u00e8rement au th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est parce qu\u2019\u00e0 un moment ils ont v\u00e9cu quelque chose de marquant&nbsp;: un spectacle, une \u00e9motion, une exp\u00e9rience qui les a durablement touch\u00e9s. C\u2019est cela qu\u2019il faut provoquer. Si je vous pose la question, qu\u2019est-ce qui fait que vous \u00eates devenu spectateur&nbsp;? J\u2019imagine qu\u2019il y a eu, \u00e0 un moment, une rencontre forte, quelque chose qui vous a donn\u00e9 envie de revenir, qui vous a fait sentir que le spectacle vivant pouvait vraiment vous parler. C\u2019est ce type d\u2019exp\u00e9rience que nous cherchons \u00e0 rendre possible.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Oui, absolument. Ce qui compte pour moi, c\u2019est cette pr\u00e9sence tr\u00e8s particuli\u00e8re de l\u2019acteur. Le spectacle vivant engage un rapport au corps que je trouve essentiel. Voir un film sur un \u00e9cran, ce n\u2019est pas la m\u00eame chose que d\u2019avoir devant soi des acteurs bien r\u00e9els, en chair et en os. Et chez moi, cela r\u00e9veille quelque chose de tr\u00e8s ancien, presque des sensations d\u2019enfance. <\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est exactement ce que nous essayons de faire. Nous en tirons des cons\u00e9quences tr\u00e8s concr\u00e8tes&nbsp;: en allant beaucoup dans les \u00e9tablissements scolaires, en proposant des tarifs famille, mais aussi \u00e0 travers deux initiatives auxquelles nous tenons particuli\u00e8rement, parce qu\u2019elles offrent \u00e0 des jeunes des exp\u00e9riences vraiment fondatrices. La premi\u00e8re, c\u2019est la Troupe Azimut. Tous les deux ans, nous confions \u00e0 un metteur ou une metteuse en sc\u00e8ne la cr\u00e9ation d\u2019un spectacle avec une quinzaine de jeunes du territoire, d\u2019Antony et de Ch\u00e2tenay, qu\u2019ils soient d\u00e9j\u00e0 li\u00e9s au th\u00e9\u00e2tre ou non. Ils travaillent dans des conditions professionnelles, et le spectacle est int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la saison. Nous en sommes aujourd\u2019hui \u00e0 la troisi\u00e8me \u00e9dition&nbsp;: apr\u00e8s Adama Diop et Les Filles de Simone, c\u2019est cette fois le duo Le Th\u00e9\u00e2tre Maj\u00e2z, compagnie francilienne, qui accompagne le projet autour du texte <em>J\u2019aurais voulu \u00eatre Jeff Bezos<\/em> d\u2019Arthur Viadieu. Nous n\u2019avons pas encore vu le r\u00e9sultat, mais je sais d\u00e9j\u00e0 que ce type d\u2019exp\u00e9rience laisse chez ces jeunes une trace tr\u00e8s forte. La seconde initiative, c\u2019est le Petit Comit\u00e9 artistique. Chaque ann\u00e9e, une dizaine ou une douzaine de jeunes de 15 \u00e0 20 ans vont voir avec une charg\u00e9e des relations publiques et moi-m\u00eame cinq spectacles que nous avons pr\u00e9s\u00e9lectionn\u00e9s. Ensuite, ils en choisissent un, qui est automatiquement programm\u00e9 dans la saison. Le vote leur appartient enti\u00e8rement&nbsp;: nous n\u2019y participons pas. C\u2019est une v\u00e9ritable \u00e9cole du regard, \u00e0 la fois critique et sensible. L\u2019id\u00e9e, c\u2019est de leur dire&nbsp;: faites-vous confiance. Il n\u2019y a pas de bonne ou de mauvaise r\u00e9ponse impos\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;; ce qui compte, c\u2019est ce qu\u2019ils vivent comme spectateurs et spectatrices. Cette ann\u00e9e, ils ont choisi <em>24 places Beaumarchais<\/em> de Brahim Koutari, que nous avions vu au Th\u00e9\u00e2tre G\u00e9rard Philipe de Saint-Denis. Le spectacle raconte l\u2019\u00e9mancipation d\u2019un jeune homme issu des quartiers populaires de Grenoble, longtemps partag\u00e9 entre le football et le th\u00e9\u00e2tre, avant de devenir acteur. C\u2019est une tr\u00e8s belle mise en sc\u00e8ne, port\u00e9e par un interpr\u00e8te remarquable. Les d\u00e9bats du Petit Comit\u00e9 sont souvent dignes du <em>Masque et la Plume<\/em>, et c\u2019est un vrai bonheur de les voir argumenter, confronter leurs points de vue, puis voter. Et bien s\u00fbr, quand le spectacle qu\u2019ils ont choisi est ensuite programm\u00e9, ils viennent le voir avec un tout autre rapport.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Donc, si je vous suis, les d\u00e9bats sont parfois assez hom\u00e9riques.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, il y a parfois des d\u00e9bats vraiment hom\u00e9riques. Par exemple, nous avions des jeunes du lyc\u00e9e Lakanal, avec un vocabulaire tr\u00e8s riche et beaucoup de r\u00e9f\u00e9rences, face \u00e0 d\u2019autres, plus jeunes, venus de quartiers plus populaires. C\u2019est aussi cela qui m\u2019int\u00e9resse dans ce projet&nbsp;: faire se rencontrer des profils tr\u00e8s diff\u00e9rents. Et ce qui est frappant, c\u2019est que leurs intuitions sur les spectacles \u00e9taient tout aussi justes et pertinentes, m\u00eame s\u2019ils n\u2019avaient pas toujours les m\u00eames rep\u00e8res culturels. Je vous assure, c\u2019\u00e9tait bouleversant de les \u00e9couter.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pour finir, ils me disent tous \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On ne savait pas que le th\u00e9\u00e2tre pouvait nous parler \u00e0 ce point-l\u00e0.<\/em>&nbsp;\u00bb Pour moi, c\u2019est tr\u00e8s pr\u00e9cieux, parce que cela revient chaque ann\u00e9e. Ces jeunes nous renvoient l\u2019id\u00e9e que le th\u00e9\u00e2tre au sens large \u2014 celui de la diversit\u00e9 et de la pluridisciplinarit\u00e9 dont nous parlions \u2014 peut vraiment leur parler. S\u2019ils ne viennent pas, ce n\u2019est donc pas par rejet, mais souvent par m\u00e9connaissance. C\u2019est \u00e0 la fois rassurant et tr\u00e8s exigeant, parce qu\u2019il reste encore beaucoup de travail \u00e0 faire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on se dit que ce qu\u2019on fait a vraiment du sens, non&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Exactement. Le public reste globalement assez \u00e2g\u00e9, et c\u2019est l\u00e0 toute la difficult\u00e9&nbsp;: il faut sans cesse travailler \u00e0 le renouveler et \u00e0 le rajeunir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et comment prenez-vous en compte les attentes d\u2019un public plus \u00e2g\u00e9 dans vos choix de programmation&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019essaie pas sp\u00e9cialement de programmer pour un public plus \u00e2g\u00e9. Je ne me dis pas qu\u2019il faudrait proposer quelque chose pour lui en particulier. Peut-\u00eatre aussi parce qu\u2019avec l\u2019\u00e2ge, je me sens d\u2019une certaine mani\u00e8re plus proche de ce public-l\u00e0. En revanche, depuis le d\u00e9but, j\u2019essaie surtout de rester attentif \u00e0 la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Cela dit, vu la taille du th\u00e9\u00e2tre, je ne peux pas programmer beaucoup de toutes premi\u00e8res \u0153uvres&nbsp;: au mieux, une ou deux par an.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre aussi parce qu\u2019ils viennent d\u00e9j\u00e0 avec une d\u00e9marche, une habitude ou une forme d\u2019adh\u00e9sion au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Peut-\u00eatre aussi sont-ils plus r\u00e9ceptifs, puisqu\u2019ils viennent d\u00e9j\u00e0 au th\u00e9\u00e2tre avec une d\u00e9marche volontaire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais il arrive aussi qu\u2019ils soient d\u00e9rout\u00e9s, par exemple par la pluridisciplinarit\u00e9 ou par l\u2019usage de la vid\u00e9o. Apr\u00e8s, je n\u2019aime pas avoir avec le public une relation fond\u00e9e sur la provocation. J\u2019aime quand cela frotte un peu, quand cela d\u00e9place, mais provoquer pour provoquer, ce n\u2019est pas mon style.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous recevez beaucoup de propositions de spectacles. Comment les \u00e9valuez-vous&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme je vous le disais, je re\u00e7ois \u00e9norm\u00e9ment de mails, dont beaucoup concernent des propositions artistiques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce sont surtout des directeurs artistiques.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des metteurs ou metteuses en sc\u00e8ne, des administrateurs de compagnie, ou encore des th\u00e9\u00e2tres qui d\u00e9fendent des artistes. Quand je suis press\u00e9, je parcours les messages tr\u00e8s vite; sinon, je prends le temps de regarder, m\u00eame si j\u2019ai \u00e9norm\u00e9ment de dossiers \u00e0 lire. J\u2019essaie aussi de faire des retours, parce que les compagnies traversent aujourd\u2019hui une p\u00e9riode de grande fragilit\u00e9 \u00e9conomique. Les budgets se tendent, les id\u00e9ologies aussi, et le secteur devient tr\u00e8s inflammable. Or, ceux qui souffrent le plus, ce sont les maillons les plus fragiles : les compagnies, et derri\u00e8re elles les artistes et les techniciens. Cela nous oblige, nous les th\u00e9\u00e2tres, \u00e0 \u00eatre encore plus attentifs \u00e0 la relation que nous entretenons avec elles. Il m\u2019arrive m\u00eame que des compagnies me remercient simplement de leur r\u00e9pondre non, parce qu\u2019au moins elles ont une r\u00e9ponse. Bien s\u00fbr, je ne peux pas r\u00e9pondre \u00e0 tout le monde, c\u2019est impossible. Alors comment je fais ? J\u2019essaie d\u2019abord de regarder qui m\u2019\u00e9crit, puis je m\u2019appuie sur ce que je vous \u00e9voquais tout \u00e0 l\u2019heure : les artistes que je suis d\u00e9j\u00e0, la presse, les coll\u00e8gues, bref, toute cette constellation de sources d\u2019information qui m\u2019aide \u00e0 me rep\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quels sont, selon vous, les principaux d\u00e9fis du spectacle vivant aujourd\u2019hui&nbsp;? Entre les coupes budg\u00e9taires, les enjeux du num\u00e9rique, l\u2019\u00e9volution des habitudes culturelles et les changements de paradigme, sentez-vous cela au quotidien&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On le ressent d\u00e9j\u00e0 dans les bureaux, o\u00f9 le num\u00e9rique peut faire \u00e9voluer certains m\u00e9tiers. En revanche, sur le plan artistique, notamment avec l\u2019IA, nous ne le percevons pas encore de fa\u00e7on aussi directe. Je pense que le th\u00e9\u00e2tre reste, pour l\u2019instant, un peu plus prot\u00e9g\u00e9 que le cin\u00e9ma, parce qu\u2019il repose sur quelque chose de tr\u00e8s archa\u00efque au sens noble du terme&nbsp;: un acteur, une sc\u00e8ne, une parole, un spectateur. C\u2019est sans doute ce qui nous pr\u00e9serve encore en partie. Mais dans les fonctions administratives, le num\u00e9rique \u2014 et l\u2019IA en particulier \u2014 soul\u00e8ve d\u00e9j\u00e0 beaucoup de questions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et de votre c\u00f4t\u00e9, \u00e0 L\u2019Azimut, faites-vous aussi face \u00e0 des contraintes budg\u00e9taires&nbsp;? Vous \u00e9voquiez tout \u00e0 l\u2019heure des compagnies qui sont sur le fil&nbsp;: comment cela se traduit-il pour vous&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019instant, nous sommes plut\u00f4t pr\u00e9serv\u00e9s, m\u00eame si je ne sais pas combien de temps cela durera. Il n\u2019y a pas eu de baisse directe de nos financements. Nous avions bien b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une subvention exceptionnelle pour faire face \u00e0 l\u2019inflation apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la guerre en Ukraine, qui devait durer cinq ou six ans, mais elle a finalement \u00e9t\u00e9 interrompue plus t\u00f4t que pr\u00e9vu. En revanche, la subvention socle de Vall\u00e9e Sud-Grand Paris, comme celles du minist\u00e8re et du d\u00e9partement, n\u2019ont pas baiss\u00e9. La r\u00e9gion, elle, contribue assez peu. Donc, \u00e0 ce stade, nous restons relativement prot\u00e9g\u00e9s. Mais le spectacle vivant fonctionne comme un \u00e9cosyst\u00e8me : les compagnies vivent gr\u00e2ce \u00e0 la bonne sant\u00e9 de plusieurs th\u00e9\u00e2tres. Si beaucoup de lieux voient leurs moyens diminuer, alors, t\u00f4t ou tard, les compagnies en subissent forc\u00e9ment les cons\u00e9quences.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour finir, Marc, j\u2019aimerais vous poser trois ou quatre questions un peu plus personnelles. Quel spectacle vous a r\u00e9cemment marqu\u00e9 en tant que spectateur&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Celui que je viens de jouer, puisque je sors tout juste d\u2019une cr\u00e9ation. J\u2019ai pass\u00e9 le dernier mois en r\u00e9p\u00e9tition. Il faut dire aussi qu\u2019aujourd\u2019hui je suis directeur \u00e0 temps partiel, ce qui me permet de continuer \u00e0 jouer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019accord, mais je pensais vraiment \u00e0 vous en tant que spectateur, pas en tant qu\u2019acteur.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui. En tant que spectateur, le spectacle qui m\u2019a le plus marqu\u00e9 r\u00e9cemment, c\u2019est <em>Virage<\/em> de Juliette Fribourg, que nous avons accueilli \u00e0 la piscine le 6 mai. Je ne l\u2019avais pas vu avant de le programmer, ce qui arrive parfois&nbsp;: dans une saison, certains spectacles sont des pr\u00e9achats, c\u2019est-\u00e0-dire des projets que l\u2019on soutient avant m\u00eame leur cr\u00e9ation. Sinon, si plusieurs th\u00e9\u00e2tres ne prennent pas ce risque ensemble, ces spectacles n\u2019existent tout simplement pas. L\u00e0, j\u2019ai choisi de faire confiance \u00e0 une jeune compagnie pour son deuxi\u00e8me spectacle, apr\u00e8s avoir vu le premier dans une toute petite salle. Juliette Fribourg travaille \u00e0 partir d\u2019\u00e9v\u00e9nements sportifs, dont elle tire des fictions. Avec <em>Virage<\/em>, elle part de l\u2019accident d\u2019Ayrton Senna en mai 1994, qui a provoqu\u00e9 sa mort et profond\u00e9ment marqu\u00e9 la Formule 1. Elle pose une question simple et tr\u00e8s forte&nbsp;: fallait-il interrompre la course&nbsp;? Et, au-del\u00e0 de cet \u00e9v\u00e9nement, le spectacle ouvre une r\u00e9flexion plus large&nbsp;: jusqu\u2019\u00e0 quand continue-t-on \u00e0 avancer alors qu\u2019on voit bien qu\u2019on va dans le mur&nbsp;? Ce qui m\u2019a vraiment frapp\u00e9, c\u2019est la qualit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale de l\u2019ensemble&nbsp;: l\u2019\u00e9criture, le jeu, l\u2019\u00e9quilibre entre gravit\u00e9 et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u2014 car c\u2019\u00e9tait aussi, par moments, tr\u00e8s dr\u00f4le. Juliette Fribourg a \u00e0 peine trente ans, et elle m\u2019a impressionn\u00e9. J\u2019avoue que j\u2019\u00e9tais un peu tendu avant la repr\u00e9sentation&nbsp;: la salle \u00e9tait bien remplie, je prenais un risque, et je ne savais pas encore ce que cela allait donner. Mais le spectacle a pleinement r\u00e9ussi, et c\u2019est sans doute la derni\u00e8re chose que j\u2019ai vue qui m\u2019a v\u00e9ritablement marqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Justement, parlez-moi de la pi\u00e8ce que vous avez jou\u00e9e, cela m\u2019int\u00e9resse. Est-elle encore \u00e0 l\u2019affiche&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, nous l\u2019avons jou\u00e9e au Centquatre, et elle sera reprise \u00e0 La Temp\u00eate en janvier. J\u2019ai eu la chance d\u2019\u00eatre sollicit\u00e9 par <strong>Fran\u00e7ois Hien<\/strong>, qui est \u00e0 la fois un intellectuel et un auteur de th\u00e9\u00e2tre de plus en plus reconnu. Il \u00e9crit \u00e0 partir de grands sujets de soci\u00e9t\u00e9, qu\u2019il transforme en fictions en laissant entendre toute la diversit\u00e9 des points de vue. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 dans l\u2019une de ses pi\u00e8ces, <em>La Peur<\/em>, qui partait de l\u2019affaire Barbarin \u00e0 Lyon et abordait \u00e0 la fois la p\u00e9docriminalit\u00e9 et l\u2019homosexualit\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise. Cela pourrait sembler tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9, mais la pi\u00e8ce continue \u00e0 tourner, parce qu\u2019elle est travers\u00e9e par une grande humanit\u00e9. C\u2019est vraiment un tr\u00e8s beau texte.<\/p>\n\n\n\n<p>La prochaine s\u2019intitule <em>Le Proc\u00e8s de Jeanne Bloch<\/em>, et c\u2019est celle qui sera jou\u00e9e en janvier \u00e0 La Temp\u00eate, \u00e0 la Cartoucherie. C\u2019est un projet beaucoup plus politique. Fran\u00e7ois Hien imagine une France qui a v\u00e9ritablement bascul\u00e9 vers une majorit\u00e9 et un gouvernement d\u2019extr\u00eame droite. Dans cette fiction, le nouveau pouvoir d\u00e9cide d\u2019organiser le proc\u00e8s du pr\u00e9c\u00e9dent pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et d\u2019une ancienne Premi\u00e8re ministre, afin de se redonner une l\u00e9gitimit\u00e9 en cours de mandat. Cela fait \u00e9cho \u00e0 un \u00e9pisode historique assez m\u00e9connu de la Seconde Guerre mondiale : le proc\u00e8s de Riom, intent\u00e9 par le r\u00e9gime de Vichy \u00e0 L\u00e9on Blum et \u00c9douard Daladier, accus\u00e9s d\u2019avoir mal pr\u00e9par\u00e9 la France \u00e0 la guerre. Le proc\u00e8s a finalement tourn\u00e9 \u00e0 l\u2019avantage des accus\u00e9s, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9fense remarquable de Blum, au point que les autorit\u00e9s allemandes ont fini par exiger son interruption. \u00c0 partir de cette r\u00e9f\u00e9rence, Fran\u00e7ois Hien construit une fiction autour du proc\u00e8s d\u2019une figure qui serait une sorte d\u2019ancienne Premi\u00e8re ministre de gauche, contrainte de gouverner avec des coalitions de droite r\u00e9publicaine dans un moment o\u00f9 l\u2019extr\u00eame droite est au pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019ici \u00e0 ce que la pi\u00e8ce soit jou\u00e9e, cela ne rel\u00e8vera peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 plus tout \u00e0 fait de la fiction.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le risque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Y a-t-il une \u0153uvre que vous r\u00eaveriez de programmer&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, il y a des \u0153uvres qui me sont tr\u00e8s ch\u00e8res, surtout dans le r\u00e9pertoire classique. Je r\u00eave, par exemple, d\u2019un sublime <em>Bourgeois gentilhomme<\/em>, d\u2019un grand <em>Hamlet<\/em>, ou encore d\u2019un tr\u00e8s beau <em>Cyrano<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Donc, votre imaginaire de programmation reste tr\u00e8s attach\u00e9 au r\u00e9pertoire classique&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, tout \u00e0 fait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pas de Jean Genet, par exemple&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ah si! Ce serait <em>Les Paravents<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les <em>Paravents<\/em>, ou peut-\u00eatre <em>Les Bonnes&nbsp;<\/em>?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les <em>Bonnes<\/em>, j\u2019en ai vu une tr\u00e8s belle mise en sc\u00e8ne au Th\u00e9\u00e2tre 14. C\u2019\u00e9tait remarquable, et je m\u2019en suis voulu de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 assez r\u00e9actif, car le spectacle ne tournait plus ensuite.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment imaginez-vous le th\u00e9\u00e2tre de demain&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On m\u2019a r\u00e9cemment pos\u00e9 cette question lors d\u2019une rencontre, et j\u2019avoue que je n\u2019ai pas de r\u00e9ponse assur\u00e9e. Les mutations sont si rapides dans la mani\u00e8re de concevoir les spectacles que je ne suis plus certain, par exemple, qu\u2019il y aura encore beaucoup de R\u00e9pertoire dans les th\u00e9\u00e2tres g\u00e9n\u00e9ralistes comme les n\u00f4tres dans dix ans. J\u2019y tiens profond\u00e9ment, et je sais qu\u2019il existe encore un public pour cela. Mais il m\u2019arrive de me demander si, \u00e0 terme, il n\u2019y aura pas surtout des institutions comme la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise pour continuer \u00e0 porter ce R\u00e9pertoire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ah oui, \u00e0 ce point-l\u00e0&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, \u00e0 ce point-l\u00e0. Autrefois, cela m\u2019aurait paru impensable. Apr\u00e8s, il y aura peut-\u00eatre un retour du R\u00e9pertoire, mais je n\u2019en sais rien.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qu&rsquo;est-ce qui ferait que \u00e7a \u00e9volue si diff\u00e9remment ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport \u00e0 la langue, mais aussi le jeu des acteurs, ne sont plus les m\u00eames aujourd\u2019hui. Pour moi, l\u2019influence des s\u00e9ries est absolument consid\u00e9rable. Beaucoup de spectacles utilisent d\u00e9sormais des micros et un jeu plus proche du cin\u00e9ma, tr\u00e8s r\u00e9aliste. Dans ce contexte, faire entendre la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 d\u2019une langue du XVIIe, du XVIIIe ou du XIXe si\u00e8cle devient de plus en plus difficile, presque incongru. Il faut donc des metteurs et des metteuses en sc\u00e8ne capables de pr\u00e9server ce qu\u2019a de structurant cette langue, sans la figer, et en m\u00eame temps de la rendre partageable par le plus grand nombre. Et cela, je trouve que c\u2019est un d\u00e9fi immense.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Derni\u00e8re question, Marc : quel message aimeriez-vous adresser aux spectateurs et aux futurs artistes ?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Passer une ou deux heures dans une salle de spectacle ne comporte aucun risque. C\u2019est au contraire une belle mani\u00e8re d\u2019honorer sa curiosit\u00e9, son ouverture au monde, et de continuer \u00e0 se faire confiance.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Marc, ce fut un plaisir d\u2019\u00e9changer avec vous. Merci beaucoup. Je vais maintenant essayer d\u2019en faire quelque chose de beau.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Merci pour tout le travail que vous faites. Nous avons besoin les uns des autres.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marc Jeancourt codirige avec Delphine Lagrandeur L\u2019Azimut qui regroupe le Th\u00e9\u00e2tre La Piscine avec sa salle de concert Le P\u00e9diluve \u00e0 Ch\u00e2tenay-Malabry, le Th\u00e9\u00e2tre Firmin-G\u00e9mier \/ Patrick Devedjian et l\u2019Espace Cirque \u00e0 Antony. 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