{"id":46197,"date":"2026-05-25T08:30:34","date_gmt":"2026-05-25T06:30:34","guid":{"rendered":"https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/?p=46197"},"modified":"2026-05-23T20:03:52","modified_gmt":"2026-05-23T18:03:52","slug":"danser-pour-raconter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/index.php\/2026\/05\/25\/danser-pour-raconter\/","title":{"rendered":"Danser pour raconter"},"content":{"rendered":"\n<p><em>\u00c0 l\u2019occasion du Festival de Danses et Musiques Ouvertes de Fontenay-aux-Roses, la Compagnie Lamento pr\u00e9sente mercredi 27 mai \u00e0 10h \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que <\/em><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=11lNghWQ4Hk\"><strong><em>La Fabuleuse Histoire de Basarkus<\/em><\/strong><\/a><em>. C\u2019est une fable sur l\u2019identit\u00e9, une cr\u00e9ation pour le jeune public au croisement de la danse, du cirque et du th\u00e9\u00e2tre.<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Sur sc\u00e8ne, une \u00e9trange cr\u00e9ature \u00e0 deux t\u00eates, quatre bras et de multiples jambes d\u00e9couvre peu \u00e0 peu qu\u2019elle est peut-\u00eatre compos\u00e9e de deux \u00eatres distincts. Entre jonglage, acrobaties et danse-contact, le spectacle fait de la peur et de la s\u00e9paration un terrain de jeu po\u00e9tique, dr\u00f4le et tendre.<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Rencontre avec Sylv\u00e8re Lamotte, le chor\u00e9graphe et metteur en sc\u00e8ne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pierre Bozzone. Qu&rsquo;est-ce qui vous a conduit vers la danse contemporaine plut\u00f4t que vers la danse classique ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><strong>Sylv\u00e8re Lamotte<\/strong>. En fait, c&rsquo;est arriv\u00e9 assez naturellement. J&rsquo;ai commenc\u00e9 la danse tr\u00e8s jeune, vers 3 ans, par de l&rsquo;\u00e9veil corporel, puis j\u2019ai rejoint une \u00e9cole de danse priv\u00e9e. Plus tard, j&rsquo;ai d\u00e9couvert la danse contemporaine au conservatoire de Rennes et j&rsquo;ai eu un v\u00e9ritable flash pour cette forme d&rsquo;expression. J&rsquo;avais la sensation que \u00e7a me donnait plus de libert\u00e9 pour pouvoir m&rsquo;exprimer.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>J\u2019imagine que, tr\u00e8s jeune, vous n\u2019avez jamais envisag\u00e9 autre chose que de vous raconter par votre corps&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est vrai que j\u2019ai tout de suite ressenti un appel du corps. J\u2019\u00e9tais quelqu\u2019un d\u2019assez physique. J\u2019ai march\u00e9 tr\u00e8s vite, je m\u2019exprimais beaucoup plus par le corps que par les mots. Et effectivement, c\u2019est ce vecteur-l\u00e0 qui s\u2019est impos\u00e9, m\u00eame si j\u2019ai eu la chance, derni\u00e8rement, de collaborer avec le th\u00e9\u00e2tre et avec le cirque. J\u2019ai \u00e9galement pratiqu\u00e9 la musique, ce qui m\u2019a permis de m\u2019ouvrir progressivement \u00e0 d\u2019autres arts.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quels sont les artistes qui ont nourri votre approche artistique&nbsp;? Avez-vous eu des mod\u00e8les&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Je n\u2019aime pas parler de mod\u00e8les. Mais c\u2019est vrai que j\u2019ai eu une premi\u00e8re r\u00e9v\u00e9lation avec Maurice B\u00e9jart. Une cassette vid\u00e9o d\u2019un spectacle pass\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, <em>Le Sacre du printemps<\/em>. C\u2019est l\u00e0 que s\u2019est produite une forme d\u2019\u00e9piphanie. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 reproduire le geste, et c\u2019est ainsi que j\u2019ai commenc\u00e9 la danse tr\u00e8s t\u00f4t.<br>Je sais que Sidi Larbi Cherkaoui ou Damien Jalet sont aussi des artistes qui m\u2019ont beaucoup port\u00e9. Avec le Ballet Preljocaj, j\u2019ai eu la chance de travailler pendant trois ans au sein du Groupe urbain d\u2019intervention dans\u00e9e (GUID). \u00c9videmment, il y a aussi l\u2019immense Pina Bausch, ainsi qu\u2019Odile Duboc, qui m\u2019a \u00e9galement guid\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans des pi\u00e8ces comme <em>Les Sauvages<\/em> ou <em>Tout ce fracas<\/em>, on per\u00e7oit une attention particuli\u00e8re port\u00e9e au groupe masculin (\u00e0 la solidarit\u00e9 physique, mais aussi \u00e0 la violence contenue qui peut s\u2019y loger), puis au groupe f\u00e9minin en ce qui concerne le second ballet. Ces approches artistiques ont-elles d\u00e9plac\u00e9 votre approche de la virilit\u00e9 sur sc\u00e8ne, en la rendant moins d\u00e9monstrative, plus fragile et plus tactile ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Alors oui, tout \u00e0 fait. Vous citez deux \u0153uvres importantes pour moi. <em>Les Sauvages<\/em>, mont\u00e9e autour d\u2019un groupe de danseurs masculins, et <em>Tout ce fracas<\/em>, qui est au contraire une exploration d\u2019un groupe f\u00e9minin autour de ses forces, du l\u00e2cher-prise et de ses fragilit\u00e9s.<br>\u00c7a s\u2019est mont\u00e9 autour d\u2019une succession de rencontres qui ont \u00e9clair\u00e9 mon parcours d\u2019une lumi\u00e8re diff\u00e9rente. Et c&rsquo;est en rencontrant justement des artistes formidables et en travaillant conjointement avec eux, \u00e0 \u00e9laborer des pi\u00e8ces, que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 capable d\u2019aller vers cette exploration, cette sensibilit\u00e9.<br>Et je pense que <em>La Fabuleuse Histoire de Basarkus<\/em> en est la concr\u00e9tisation. M\u00eame s\u2019il se trouve que j&rsquo;ai flash\u00e9 sur ces deux artistes qui sont deux hommes\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Voyage au bout de l&rsquo;ennui<\/em>, c&rsquo;est une d\u00e9monstration des heures creuses de l&rsquo;enfance. Est-ce qu&rsquo;il y avait quelque chose de l&rsquo;ordre de l&rsquo;autobiographie dans le processus cr\u00e9atif de ce ballet quand vous l&rsquo;avez mont\u00e9 ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oh oui. J\u2019ai travaill\u00e9 pendant toute la p\u00e9riode du Covid avec des enfants en ext\u00e9rieur. En les observant au cours des r\u00e9cr\u00e9ations, je m\u2019y suis beaucoup retrouv\u00e9. Et cette pi\u00e8ce, <em>Voyage au bout de l\u2019ennui<\/em>, est compl\u00e8tement autobiographique. J\u2019\u00e9tais moi-m\u00eame constamment en \u00e9tat de danse, en \u00e9tat d\u2019exploration, m\u00eame dans le paysage urbain. Quand je me baladais, j\u2019\u00e9tais sans cesse dans ma t\u00eate, dans un univers ludique avec mon corps. Donc oui, cela a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s autobiographique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>On d\u00e9crit souvent votre travail comme tr\u00e8s relationnel. Vous vous reconnaissez dans cette d\u00e9finition&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" width=\"808\" height=\"720\" src=\"https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/sylvere-lamotte-portrait.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-46201\" style=\"width:361px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/sylvere-lamotte-portrait.jpg 808w, https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/sylvere-lamotte-portrait-300x267.jpg 300w, https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/sylvere-lamotte-portrait-768x684.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 808px) 100vw, 808px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Sylv\u00e8re Lamotte<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Oui. Il faut que je vous parle d\u2019une deuxi\u00e8me d\u00e9couverte, la premi\u00e8re \u00e9tant celle de la danse contemporaine. Quand j\u2019arrive au Conservatoire sup\u00e9rieur de Paris \u00e0 14 ans, je d\u00e9couvre, avec mon professeur Didier Silhol, la danse-contact. Et cela a \u00e9t\u00e9 un v\u00e9ritable \u00e9lectrochoc. J\u2019y ai d\u00e9couvert les relations interpersonnelles. Donc oui, je suis tr\u00e8s attach\u00e9 au relationnel.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0 l\u2019origine, un lamento est une complainte chant\u00e9e dans la musique baroque&nbsp;; cela exprime la douleur, mais aussi une forme de beaut\u00e9 et de fragilit\u00e9. Pourquoi avoir choisi ce nom pour votre compagnie&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ah, vous venez de le r\u00e9sumer&nbsp;: la fragilit\u00e9, la beaut\u00e9&nbsp;; c\u2019est exactement cela. Je trouve aussi le mot \u00ab&nbsp;lamento&nbsp;\u00bb tr\u00e8s beau. Ce nom de compagnie ne laisse pas indiff\u00e9rent. On m\u2019a pos\u00e9 la m\u00eame question au Portugal, en Italie, en Espagne, ou encore lors d\u2019une tourn\u00e9e en Am\u00e9rique du Sud.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>C\u2019est vrai qu\u2019il y a, en plus, une connotation tr\u00e8s latine. La compagnie m\u00eale souvent danse, cirque, th\u00e9\u00e2tre et musique live. Est-ce que les fronti\u00e8res entre ces disciplines vous semblent aujourd\u2019hui d\u00e9pass\u00e9es, ou continuez-vous \u00e0 vous inscrire dans cette mouvance&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Je pense que le clivage entre les arts est toujours pr\u00e9sent dans l\u2019esprit des artistes, mais il n\u2019est absolument pas pr\u00e9sent pour le public, et a fortiori pour un jeune public. Les enfants, en r\u00e9alit\u00e9, sont disponibles pour un art global.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comment construisez-vous vos spectacles avec les interpr\u00e8tes ? A partir d&rsquo;impro, d&rsquo;images, d&rsquo;un r\u00e9cit pr\u00e9cis ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Chacune de mes pi\u00e8ces commence par une envie tr\u00e8s personnelle de m\u2019attacher \u00e0 un sujet. Pour <em>La Fabuleuse Histoire de Basarkus<\/em>, j\u2019avais la volont\u00e9 de m\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019individualisation, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 cette \u00e9tape de la petite enfance o\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre que l\u2019on ne fait plus partie du corps de la m\u00e8re et que le cordon ombilical est d\u00e9finitivement rompu. Il n\u2019y a plus que soi-m\u00eame.<br>Ensuite, je teste mon propos sur un public cible. L\u00e0, en l\u2019occurrence, je l\u2019ai test\u00e9 aupr\u00e8s de la petite enfance. Je leur ai parl\u00e9 du corps.<br>Nous avons fait beaucoup d\u2019ateliers autour du contact physique, de la mani\u00e8re de contourner le corps de l\u2019autre, de reconna\u00eetre les sensations sur la peau, le toucher, comme le d\u00e9fend Maurice Merleau-Ponty.<br>C\u2019est apr\u00e8s avoir test\u00e9 mon sujet sur un jeune public que j\u2019ai cherch\u00e9 les danseurs, m\u00eame si, la plupart du temps, j\u2019essaie d\u2019abord d\u2019emmener les danseurs en studio, dans un atelier grandeur nature.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Donc vous avez le sentiment que le corps peut parfois exprimer des choses impossibles \u00e0 formuler avec les mots ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ah, mais \u00e9videmment, mais bien s\u00fbr. Et d&rsquo;ailleurs, j&rsquo;ai d\u00e9couvert aussi que le corps pouvait dire infiniment plus que les mots parfois. C\u2019est en rencontrant des gens comme Lorraine de Sagazan &#8211; avec laquelle j&rsquo;ai collabor\u00e9 sur une pi\u00e8ce &#8211; que j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 \u00e9galement le g\u00e9nie des mots.<br>&nbsp;En revanche, il est s\u00fbr que de travailler sur le non-dit, sur l&rsquo;indicible, sur un mouvement primal m\u00eame, nous aide infiniment.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Votre parcours montre une \u00e9volution vers des pi\u00e8ces de plus en plus accessibles \u00e0 des publics tr\u00e8s diff\u00e9rents, y compris au jeune public, \u00e0 partir de <em>Voyage au bout de l\u2019ennui<\/em>.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Je souffre du regard que peuvent porter certains sur la danse contemporaine aujourd\u2019hui. Je pense qu\u2019on nous fait encore payer une p\u00e9riode durant laquelle la danse se cherchait beaucoup. Certaines personnes ont de la danse contemporaine une image tr\u00e8s abstraite, comme si elle n\u2019\u00e9tait pas faite pour elles, comme si elles n\u2019\u00e9taient pas invit\u00e9es au spectacle. Il n\u2019y a rien de pire, pour moi, que d\u2019entendre dire qu\u2019on n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par mes pi\u00e8ces, qu\u2019on est pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0 quels chor\u00e9graphes ou \u00e0 quelles compagnies pensez-vous lorsque vous parlez d\u2019 \u00ab&nbsp;un courant&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Je pense au courant qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 entre les ann\u00e9es 1980 et la fin des ann\u00e9es 2000. Il y a eu un \u00e9loignement du public, que l\u2019on paie encore tr\u00e8s cher aujourd\u2019hui. Observez les chiffres des syndicats du spectacle vivant&nbsp;: les spectacles de danse sont minoritaires dans la plupart des lieux de diffusion.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Parce que les programmateurs craignent l\u2019image attach\u00e9e \u00e0 la danse. Ils se disent que le public ne suivra pas. Le hip-hop, par exemple, leur para\u00eet certainement plus frais, plus accessible. Il occupe donc une part importante de leur programmation. C\u2019est la raison pour laquelle j\u2019essaie de d\u00e9fendre une certaine vision de la danse contemporaine, accessible, y compris pour le jeune public.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comment est n\u00e9e <em>La Fabuleuse Histoire de Basarkus<\/em>?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Sur une commande de Val\u00e9rie Fratellini. J\u2019ai rencontr\u00e9 une promotion constitu\u00e9e d\u2019une petite quinzaine de jeunes artistes. J\u2019ai eu un coup de c\u0153ur pour Basile et Marcus, qui sont respectivement acrobate et jongleur, et ensemble nous avons cr\u00e9\u00e9 <em>La Fabuleuse Histoire de Basarkus<\/em>, une cr\u00e9ation sur mesure. Je ne savais pas encore si j\u2019avais envie de parler de ce sujet. Nous sortions du Covid. Cela a \u00e9t\u00e9 une travers\u00e9e. Nous avons construit une pi\u00e8ce transdisciplinaire, entre jonglage, acrobatie et danse-contact.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que vous vous entouriez de circassiens&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, dans le cadre de ma compagnie. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 collabor\u00e9 avec Olivier Letellier, qui \u00e9tait d\u2019ailleurs pass\u00e9 \u00e0 Fontenay-aux-Roses. J\u2019\u00e9tais chor\u00e9graphe sur l\u2019une de ses pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre. Il y avait des danseurs et des circassiens. C\u2019est comme cela que j\u2019ai vraiment fait connaissance avec le cirque. Ensuite, Val\u00e9rie Fratellini m\u2019a pass\u00e9 cette commande. Depuis, je ne cesse de collaborer avec le cirque, notamment avec Marius Fouilland.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans <em>La fabuleuse histoire de Basarkus, <\/em>la s\u00e9paration des corps devient presque une aventure existentielle. Pourquoi cette th\u00e9matique de l&rsquo;identit\u00e9 vous int\u00e9resse-t-elle autant ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En fait, c\u2019est une variation de questionnements autour du corps. Je trouve formidable, dans la danse-contact, de comprendre les contours et les limites de son corps. Je citais tout \u00e0 l\u2019heure Merleau-Ponty, mais je pourrais aussi citer le recueil <em>Moi-peau<\/em> du psychanalyste Didier Anzieu, qui nous pousse justement \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette enveloppe-fronti\u00e8re qu\u2019est la peau, et \u00e0 ce qu\u2019au-del\u00e0 il n\u2019existe plus rien de soi. Cela me paraissait \u00eatre un tr\u00e8s beau sujet pour les enfants&nbsp;: leur apprendre \u00e0 respecter leur corps. Respecter ses propres limites, c\u2019est aussi respecter les limites du corps de l\u2019autre. Et c\u2019est \u00e9galement une question tr\u00e8s soci\u00e9tale aujourd\u2019hui.<br>Quelles sont les limites&nbsp;? Comment puis-je entrer en interaction avec un autre corps&nbsp;? Moi, je d\u00e9fends une certaine vision du toucher, non sexu\u00e9e. C\u2019est donc aussi un sujet sur lequel je souhaitais sensibiliser les enfants, pour qu\u2019ils comprennent qu\u2019en respectant leur corps, ils respectent aussi celui de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Qu&rsquo;est-ce qui vous int\u00e9ressait dans cette figure de cr\u00e9ature qui est fusionn\u00e9e, form\u00e9e par deux \u00eatres diff\u00e9rents ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le premier constat, c\u2019est qu\u2019il faut que cela me fasse rire. Et quand j\u2019entends les enfants \u2014 les petits Fran\u00e7ais, les Suisses, les Espagnols, ceux d\u2019Am\u00e9rique du Sud \u2014 rire des fac\u00e9ties de ces deux corps qui essaient de se d\u00e9coller sans plus comprendre \u00e0 qui appartiennent la jambe ou la t\u00eate de l\u2019autre, cela me fait rire aussi.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sylvere-Lamotte-2-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-46203\" style=\"width:381px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sylvere-Lamotte-2-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sylvere-Lamotte-2-300x200.jpg 300w, https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sylvere-Lamotte-2-768x512.jpg 768w, https:\/\/sceaux-lagazette.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sylvere-Lamotte-2.jpg 1080w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Cr\u00e9dit S. Lamotte<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comment avez-vous travaill\u00e9 la relation physique entre Basile et Marcus, les deux interpr\u00e8tes, pour donner l\u2019illusion d\u2019un seul corps vivant&nbsp;? Quelles instructions leur avez-vous donn\u00e9es&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Beaucoup. Nous avons travaill\u00e9 quatre semaines, dont pratiquement trois consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019exploration de la danse-contact. \u00c0 la fin, ils n\u2019en pouvaient plus. C\u2019est une sp\u00e9cialit\u00e9 qu\u2019ils ne ma\u00eetrisaient pas du tout au d\u00e9part. Il a fallu reproduire des enchev\u00eatrements de corps, des pliures, des cassures, jusqu\u2019\u00e0 cr\u00e9er des costumes qui portent justement cette illusion. Cela a repr\u00e9sent\u00e9 un gros travail de danse-contact.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous avez eu le sentiment que c&rsquo;\u00e9tait facile de b\u00e2tir cette confiance entre eux, physiquement et \u00e9motionnellement ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ah non, nous avons travers\u00e9 des moments difficiles, assez durs. Le corps \u00e0 corps requiert, dans la danse, de la patience et du travail.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous y avez d\u00e9j\u00e0 un peu r\u00e9pondu, mais je vous repose la question&nbsp;: comment les enfants accueillent-ils votre travail&nbsp;? Avez-vous des retours&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, oui&nbsp;: par des dessins, par des rires, par le fait de bondir de leur si\u00e8ge et de vouloir danser avec les danseurs. Pas seulement par des applaudissements. Les enfants ont une mani\u00e8re de nous communiquer leur plaisir autrement que par des applaudissements \u00e0 la fin d\u2019un spectacle. Ils ne sont pas forc\u00e9ment rompus \u00e0 cet exercice. Mais par des rires, par des dessins, par le fait de vouloir les revoir une deuxi\u00e8me fois, c\u2019est absolument passionnant. J\u2019esp\u00e8re que vous aurez la chance de venir assister \u00e0 la repr\u00e9sentation, parce que c\u2019est assez saisissant de les voir s\u2019amuser, rire et se moquer de ces deux personnages.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous accordez une grande place \u00e0 l\u2019improvisation dans votre processus de cr\u00e9ation. \u00c0 quel moment d\u00e9cidez-vous qu\u2019un accident devient une mati\u00e8re chor\u00e9graphique&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir du moment o\u00f9 cela sonne juste, dans l\u2019\u00e9change que l\u2019on essaie de construire entre les interpr\u00e8tes, cela ne pose pas de probl\u00e8me. Quand cela sonne juste, on le sait. J\u2019ai parfois essay\u00e9 de reprendre un incident parce qu\u2019il s\u2019agissait moins d\u2019une rupture dans le d\u00e9roulement d\u2019une sc\u00e8ne que d\u2019une cassure \u00e0 proprement parler. Il y a donc une part d\u2019improvisation dans le processus, mais apr\u00e8s l\u2019\u00e9criture, il peut aussi me plaire qu\u2019un geste, quelque chose d\u2019impr\u00e9vu, vienne s\u2019y glisser.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quelle est votre actualit\u00e9&nbsp;? Avez-vous des projets en cours de r\u00e9alisation&nbsp;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, il y a actuellement une deuxi\u00e8me pi\u00e8ce jeune public, \u00e0 partir de 3 ans, qui est en diffusion&nbsp;: <em>Immobile et rebondi<\/em>, une pi\u00e8ce que j\u2019ai cr\u00e9\u00e9e avec l\u2019illustratrice jeunesse Betty Bone. C\u2019est une commande de Jean-Fran\u00e7ois Munier, directeur de l\u2019\u00c9toile du Nord. C\u2019est un projet qui rencontre un tr\u00e8s grand succ\u00e8s, puisque nous allons en f\u00eater la 50e repr\u00e9sentation. Elle passera tr\u00e8s certainement \u00e0 Fontenay-aux-Roses. C\u2019est une tr\u00e8s belle aventure, dans laquelle je d\u00e9couvre les arts plastiques, le dessin, le papier et le carton, qui viennent s\u2019ajouter au corps. Enfin voil\u00e0, cela ouvre \u00e0 plein de supports diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019occasion du Festival de Danses et Musiques Ouvertes de Fontenay-aux-Roses, la Compagnie Lamento pr\u00e9sente mercredi 27 mai \u00e0 10h \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que La Fabuleuse Histoire de Basarkus. C\u2019est une fable sur l\u2019identit\u00e9, une cr\u00e9ation pour le jeune public au croisement de la danse, du cirque et du th\u00e9\u00e2tre. 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